« Encore un tour de vis autoritaire contre le monde associatif, s’exclame Le Matin d’Algérie. Le tribunal administratif d’Alger a prononcé hier la dissolution du Rassemblement actions jeunesse (le RAJ), association qui avait été aux premiers rangs du Hirak. (…) Cette décision montre encore une fois le visage despotique du régime en place », fulmine encore le média algérien.

« Les autorités reprochaient à l’ONG, rappelle Le Monde Afrique, d’"agir en violation de la loi sur les associations et en contradiction avec les objectifs énumérés dans les statuts". »
Un coup porté aux droits humains
« Dans un communiqué publié fin septembre, le RAJ avait rejeté ces accusations,  " [fondées] essentiellement sur les activités publiques de l’association durant le Hirak". L’ONG avait qualifié ses actions de "compatibles" avec "son mandat d’association œuvrant à la promotion de l’implication des jeunes dans la gestion de la cité". » 

« Ce verdict ne va pas nous affaiblir, n’effacera pas les vingt-huit ans d’existence, de résistance et de lutte pour la citoyenneté, la liberté et la démocratie », a réagi le RAJ dans un communiqué, annonçant que ses avocats allaient faire appel.

Commentaire d’Amna Guellali, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International, cité par Le Matin d’Algérie : « La décision de dissoudre le RAJ est un coup porté aux droits humains en Algérie. C'est aussi une indication inquiétante de la détermination des autorités à réprimer l'activisme indépendant et les droits à la liberté d'expression, d'association ou d'association et de réunion pacifique. »
La liberté de la presse écornée
Pour ce qui est de la liberté de la presse en Algérie, la situation est mitigée. Le quotidien Liberté  fait remarquer que 350 journalistes sont actuellement emprisonnés dans le monde. « Dont… deux en Algérie, Rabah Karèche et Mohamed Mouloudj ! Dans le classement mondial de la liberté de la presse, l’Algérie occupe le peu enviable 146e rang, loin derrière le Niger (59e) et la Tunisie (73e), et derrière aussi… l’Afghanistan, et entre… les Philippines et la Russie. »

Commentaire de Liberté : « dans une dictature qui s’assume, la liberté de presse et la liberté d’expression en général sont bannies ; dans les impostures démocratiques, dictatures parées d’habits de la démocratie, la liberté d’expression est proclamée et réprimée à la fois. Les autres droits et libertés subissent le même traitement. Et, en complément, les institutions "démocratiques" sont dénaturées dans leurs fonctions : le multipartisme est encadré, les "élections" sont truquées, la justice et les instances "électives" sont soumises à l’ordre politique… »
Brouille entre Paris et Alger : « les vraies raisons »
Par ailleurs, toujours à propos de l’Algérie, Le Point Afrique revient sur la brouille entre Paris et Alger et « au-delà des enjeux mémoriels », en expose, selon lui, « les vraies raisons » : « sur le terrain, tous les acteurs de la relation bilatérale s’accordent à dire que le contentieux autour de la mémoire n’est pas au cœur des tensions des derniers mois. » Pour Le Point Afrique, « il y a d’abord les freins mis aux investisseurs français. (…) Total, Renault, Peugeot ont vu leurs ambitieux projets malmenés, et, plus récemment aussi, Suez et la RATP, dont les contrats n’ont pas été renouvelés dans la gestion de l'eau et du métro d’Alger. "L’idée accompagnant ce French bashing est que la France aurait "trop" profité des réseaux du président Bouteflika", s’insurge-t-on côté français. »

Et puis, il y a l’affaire des visas, relève également Le Point Afrique. « Fin septembre, le gouvernement français a annoncé une réduction de moitié des visas accordés aux Algériens en guise de représailles face au refus d’Alger d’accueillir les immigrés clandestins expulsés de France. »

Enfin, « les différends s’étendent désormais également à la coopération culturelle (comme sur l'extension du réseau d'enseignement du français) et à la coopération militaire (le Mali et la forme de l’engagement post-Barkhane). »

En tout cas, les opérateurs économiques des deux bords voudraient bien crever l’abcès, à l’instar de ce patron algérien, cité par Le Point Afrique, qui déclare : « Le vrai enjeu est qu’on parle de ce qui va se passer dans dix ans ici en Algérie et non pas de ce qui s’est passé depuis 192 ans. »