La presse bamakoise est plutôt critique après la formation du nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre Choguel Maïga.

« Le gouvernement Choguel ne rassure pas », titre ainsi le site d’information Maliweb. Déjà, « avec ses 28 membres, le (nouveau) gouvernement viole la charte de la Transition, qui impose le nombre des membres de l’équipe gouvernementale à 25 au maximum. » Ensuite, poursuit Maliweb, « cette équipe gouvernementale traduit l’emprise dominante des colonels putschistes sur l’appareil d’État. Puisque l’on fait état d’au moins 15 portefeuilles que le colonel Assimi Goïta et ses principaux lieutenants contrôlent. (…) Des portefeuilles stratégiques comme la Défense, la Sécurité, l’Administration territoriale, la Réconciliation nationale sont détenus en effet par des militaires issus des rangs de l’ex-CNSP. (…) Sans compter que plusieurs ministres civils sont des protégés, des parents ou des amis des officiers putschistes (…). Ces constats amènent à croire que le Premier ministre n’a qu’une trop faible influence sur l’équipe gouvernementale. Ceci, relève encore Maliweb, d’autant que Choguel Maïga n’a pas pu nommer un seul de ses plus proches cadres de son parti, le MPR, ni du regroupement FSD/M5-RFP, à un portefeuille de souveraineté ou du moins à un département stratégique de l’équipe. »

Et le site bamakois de s’interroger : « Avec cinq cadres politiques au sein d’un gouvernement de 28 membres, de quelle ouverture peut-on parler pour l’équipe Choguel ? Comment une telle équipe peut-elle aider à apaiser le climat sociopolitique ? »
Un « sursaut national » !
Mêmes inquiétudes pour Le Témoin : « À la lecture de cette nomenclature gouvernementale, on s’aperçoit aisément que le copinage et les sempiternelles quêtes éhontées de strapontins ont nettement prévalu sur le mérite. La crédibilité du tandem Assimi-Choguel est quelque peu entachée avec ce nouveau gouvernement, qui n’a pas été d’une inclusivité objective et judicieuse. »

Pour sa part, Le 22 Septembre, autre publication malienne, appelle à une plus grand ouverture politique, à « un sursaut national ! » : « Le Premier ministre doit écouter les uns et les autres, affirme-t-il. Il n’est pas au premier ministère pour le M5-RFP seulement. Il y est pour l’ensemble du pays. Il ne faudrait pas qu’il tombe dans les tares qu’il reprochait aux régimes précédents. Tous sont conscients que le pays a besoin d’un grand rassemblement de toutes ses filles et tous ses fils pour relever les défis actuels : la sécurité et la tenue de bonnes élections, entre autres. Il nous faut donc un sursaut national ! Que tous soient rassemblés autour de Choguel Maïga sur une feuille de route consensuelle, non pas pour lui ou pour le M5 ou encore pour une tierce personne, mais pour la mère-patrie : le Mali ! »
Le CNT remodelé ?
Pour Inf@sept, il n’y a pas que le gouvernement qui doit être repensé, il y a aussi le CNT, le Conseil national de transition. « Le format du CNT mérite d’être revu, estime en effet Inf@sept, car il fait office de parlement, donc d’organe législatif. Il lui revient la mission historique de voter les textes qui doivent assoir les bases du Mali nouveau. Cela ne peut se faire qu’avec une légitimité absolue, une représentativité inclusive de toutes les couches de la Nation. »

Or, pointe Inf@sept, « le CNT pêche par deux tares congénitales. La première est l’absence officielle des partis politiques les plus représentatifs. La deuxième tare, c’est la faible qualité de beaucoup de ses membres. Pour rappel, le CNT dans sa configuration actuelle, n’est qu’un conglomérat d’amis, d’affidés, de compagnons d’armes, de laudateurs et d’opportunistes à la solde de la junte. Il ne reflète ni les forces sociopolitiques représentatives du pays ni la crème de l’intelligentsia malienne. Donc, conclut Inf@sept, l’idéal serait sa dissolution, mais pour éviter d’ouvrir la boîte de pandore on pourrait (à tout le moins) l’élargir. »

Enfin la presse sous-régionale est plutôt attentiste, à l’image du Pays au Burkina Faso… « Le colonel Goïta et son gouvernement semblent décidés à garder le cap et à conduire la Transition jusqu’à son terme prévu pour le début de l’année prochaine. La question est de savoir, affirme Le Pays, si dans les huit mois qui nous séparent des prochaines échéances électorales, les autorités de la Transition pourront créer les conditions d’un retour au calme et à la sécurité dans ce pays dont plus de la moitié échappe toujours au contrôle de l’État. »