C’est samedi que doivent s’achever les concertations nationales sur la gestion de la transition, alors que la Cédéao presse les protagonistes maliens d’instaurer un gouvernement provisoire civil qui ne devra pas excéder douze mois. « Si la junte n’a pas officiellement réagi à cet ultimatum, pointe Studio Tamani, certains responsables du M5-RFP rétorquent que "le choix des dirigeants de la transition ne doit être une course contre la montre". »

Les Maliens entendent donc prendre leur temps pour trouver une issue politique au putsch du 18 août dernier. Mais en coulisses, « c’est une véritable partie de bras-de-fer qui est engagée entre les militaires du CNSP et le mouvement de contestation du M5-RFP. D’un côté, les militaires qui seraient prêts à composer avec l’ex-majorité présidentielle et de l’autre, le M5-RFP qui se considère comme le véritable tenant du pouvoir, estimant, relève Maliweb, que même si les militaires n’étaient pas intervenus le 18 août, ils allaient parvenir, d’une manière ou une autre, à obtenir le départ d’IBK. »

Alors, s’interroge le site, « peut-on entrevoir un consensus entre ces deux camps sur l’architecture de la transition ? Rien n’est moins sûr, répond Maliweb. (…) Le Colonel Assimi Goïta et ses frères d’armes n’ont-ils pas déjà pris goût au pouvoir ? Comment en serait-il autrement eu égard à l’"Acte fondamental" déjà adopté, les diverses nominations et les privilèges afférents que savourent déjà les hommes forts de Kati ? »

Les militaires s’arc-boutent.

« Les sauveurs seront-ils les "plombleurs" ? », se demande pour sa part Le Témoin, autre publication bamakoise. « Le coup de grâce du 18 août est en passe de tourner au cauchemar, tant la junte conduite par Assimi Goïta accumule les signaux de faiblesses et les présomptions de motivations inavouables. (…) Les clivages politiques, l’élargissement du fossé des divergences et les mécontentements sociaux prennent corps et l’emportent largement sur la convergence des forces autour de l’essentiel, qui est visiblement relégué au profit de la survie ou de l’opportunité de résurrection politique. »

Une chose est sûre, s’exclame le quotidien Malikilé, « les militaires du CNSP veulent conserver le pouvoir à Bamako. Tous leurs faits et gestes, des événements du 18 août à ce jour accréditent clairement cette thèse. » Toutefois, estime le journal, « le CNSP ne saurait réussir sa mission et satisfaire les attentes des maliens que dans un partenariat franc et loyal avec le M5-RFP. Toute autre voie conduira inéluctablement à l’échec et au retour en force de la restauration qui fera tout pour broyer les deux tombeurs civils et militaires d’IBK. (…) Le Malien s’inquiète, poursuit Malikilé. Le CNSP paraît patauger, il tergiverse et ne semble pas mesurer la portée du défi. (…) Le Mali a besoin de se rebâtir avec tous ses fils, dans une transition sérieuse et réfléchie pour amorcer ensuite une phase de normalisation et de développement nécessaire. »

Mettre fin à la surenchère…

Bref, renchérit L’Indépendant, autre quotidien malien, « il faut mettre fin à la surenchère » : « Il est temps pour l’armée et le CNSP d’accompagner les forces démocratiques pour sortir de l’impasse et éviter de donner l’illusion que notre armée prend à nouveau goût au pouvoir, comme en 1968, et comme en 1991, quand ATT a été contraint d’abandonner les galons pour mieux revenir en 2002. La place de l’armée est dans les casernes, martèle encore L’Indépendant, même si elle doit être associée à certains aspects de la gouvernance sécuritaire et militaire (…). »

Finalement, remarque WakatSéra à Ouagadougou, « chasser un régime semble bien plus facile que gérer le pouvoir ! Le bout du tunnel pourrait bien s’éloigner pour le Mali, avec cette crise dans la crise. Sauf si les deux camps se rabibochent au plus vite et aplanissent la route devant eux. C’est tout le malheur qu’on peut souhaiter au Mali, déjà endeuillé au quotidien par les attaques terroristes et toujours sous embargo et sanctions d’une Cédéao, déterminée à faire payer aux auteurs de la chute d’IBK leur témérité. »