« Deux jours après le coup d’État qui a renversé le président guinéen, Alpha Condé, un premier groupe de plusieurs dizaines d’opposants au régime déchu, détenus à la prison civile de Conakry, a commencé à être libéré, hier, dans la soirée, noteLe Monde Afrique, parmi lesquels les opposants Abdoulaye Bah et Étienne Soropogui, arrêtés en 2020 lors de la contestation de la réélection du président Condé, ou encore le vice-maire de Matam, une des communes de Conakry, Ismaël Condé. Les militaires au pouvoir s’étaient engagés à accélérer la libération des détenus politiques. Au total, une liste de 79 détenus libérables a été approuvée à la suite de consultations entre les nouvelles autorités, l’administration pénitentiaire et les avocats des détenus. »

Par ailleurs, relève encore Le Monde Afrique, « les militaires emmenés par le chef des forces spéciales, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, insistent sur la prochaine ouverture d’une "concertation" nationale pour définir les modalités de la transition politique conduite par un futur gouvernement d’union nationale (…) ».
Scènes de joie
Et pour l’instant, les militaires au pouvoir semblent bénéficier de l’adhésion d’une large partie de la population. Des scènes de liesse ont eu lieu un peu partout dans le pays, notamment à N’Zérékoré, note Ledjely : « certains habitants rencontrés n’ont pas caché leur joie mais aussi leurs attentes vis-à-vis du régime militaire qu’ils considèrent comme sauveur du peuple. "Pour nous, c’est une libération totale du peuple de Guinée, affirme l’un d’eux, interrogé par le site guinéen. Aujourd’hui, on ne parle pas de partis. Ce qui s’est passé à Conakry, c’est une joie immense pour tous les Guinéens. Car la manière dont le pays partait, ce n’était pas ce que le peuple voulait. Donc avec la prise du pouvoir par l’armée on espère que les choses vont bientôt changer" ».

Scènes de joie également à Kankan, rapporte encore Ledjely. « La manifestation de joie dont la capitale de la Haute Guinée a été le théâtre hier est un symbole en soi. Cette ville est en effet un fief reconnu du président Alpha Condé. Qu’elle se joigne à la liesse populaire célébrant la chute de ce dernier, à peine 48 heures après, cela en dit long sur la fragilité des choses, sur le caractère hautement relatif du lien qu’on établit très souvent entre les peuples et les leaders. De là où il se trouve, en voyant ces images, Alpha Condé doit se poser une foultitude de questions, poursuit Ledjely. Et logiquement, il doit nourrir quelques regrets. D’autant qu’au-delà de la ville de Kankan, tous ceux qui, notamment au sein du parti RPG-arc-en-ciel, donnaient l’impression de faire bloc autour de lui jusqu’à samedi dernier, sont subitement devenus inaudibles. Personne, ne serait-ce que pour défendre le bilan de celui qu’ils appelaient pourtant il y a à peine trois jours leur "champion", ne s’exprime sur la place publique. »

« C’est donc vraiment la fin ! », s’exclame encore le site guinéen. « Qui l’aurait cru, pourtant ? »
Changement… ou continuité ?
Alors que va-t-il se passer désormais ? « Est-ce le scénario idéal pour l’UFDG ? », principal parti d’opposition ? Question posée par le site guinéen Aminata. « Le contexte est plutôt favorable pour Cellou Dalein Diallo (le leader de l’UFDG). En refusant de dialoguer avec Alpha Condé, il a certes souffert, mais il sort gagnant. Il a obtenu la réouverture de son siège et de ses bureaux sans condition. La libération et l’abandon des poursuites contre ses partisans, sans négociation. Il pourra, s’il le souhaite, obtenir des places dans le futur gouvernement d’union nationale. »

Enfin, le site d’information WakatSéra au Burkina reste plutôt circonspect… « Le peuple guinéen attend-il réellement un changement dans son existence, avec cette nouvelle irruption de l’armée sur la scène politique ? Rien n’est moins sûr, affirme WakatSéra, compte tenu des précédentes expériences vécues en Guinée ou sous d’autres cieux. Les putschistes, l’appétit venant en mangeant, cherchent toujours à s’enkyster, désertant les casernes et investissant, pour de bon, la maison présidentielle, après l’avoir "balayée". Ou alors, contraints de mettre en place une transition, qui débouche, cahin-caha, sur des élections elles-mêmes laborieuses, ils ne sortent de la scène que pour y revenir, parce que des opposants historiques de la trempe d’Alpha Condé auront déçu tous les espoirs placés en eux. Et c’est l’éternel recommencement, surtout que la communauté internationale, guidée par ses intérêts politiques et économiques, aura fermé les yeux sur les dérives des dirigeants du moment et les pleurs d’un peuple orphelin, sans perspective. »