La contestation ne faiblit pas au Soudan depuis le coup d’État du général al-Burhan il y a trois semaines… et la répression non plus. « Samedi, rapporte Jeune Afrique, les partisans d’un pouvoir civil sont parvenus à rassembler à travers le pays des dizaines de milliers de personnes contre le putsch, et ce malgré un déploiement militaire impressionnant et la coupure d’internet qui les obligent à s’organiser par SMS ou via des graffitis sur les murs. Selon un dernier bilan du syndicat des médecins pro-démocratie, six manifestants ont été tués lors de ces protestations à Khartoum, dont un adolescent de 15 ans. Depuis le 25 octobre, 21 manifestants ont été tués et des centaines blessés dans la répression, toujours d’après cette source. »

Qui plus est, poursuit Jeune Afrique, « les autorités ont arrêté hier, sans donner de raisons, le chef de bureau d’Al-Jazeera, Al-Moussalami al-Kabbachi, un Soudanais. La chaîne qatarie a couvert les manifestations hostiles au putsch, notamment en les diffusant en direct. La chaîne a également interviewé il y a moins d’une semaine le général al-Burhan qui n’a accordé que deux entretiens depuis son coup de force. Avant cette arrestation, de nombreux journalistes des médias d’État ont, dans le sillage du putsch, été remplacés et interdits de revenir à leur poste à l’agence officielle Suna et à la radio-télévision d’État ».
Agitation dans tout le pays
Le quotidien Sudan Tribune précise pour sa part que « des manifestations ont eu lieu ce week-end dans plusieurs États du pays. Dans l’état de Khartoum mais aussi dans l’état du Nord, dans l’état du Nil, dans l’état d’Algazira et dans le Darfour. (…) Les manifestants ont brandi des photos du Premier ministre détenu, Abdallah Hamdok, considéré comme le symbole du gouvernement dirigé par des civils. (…) Les comités locaux et l'Association professionnelle soudanaise prévoient d’organiser d’autres manifestations après-demain mercredi ».
Qui pour sauver le peuple soudanais ?
Le Pays au Burkina s’insurge : « face à cette escalade, on ne peut s’empêcher de se poser la question suivante : qui pour sauver le peuple soudanais ? Tout se passe, en effet, comme si les sanctions prises par les grandes puissances n’ont aucun impact sur le général al-Burhan, visiblement décidé à mener les Soudanais à la baguette, soutenu dans sa furie meurtrière par bien des pays du Golfe qui se soucient de la démocratie comme d’une guigne. Et l’homme, il faut le dire, semble être allé trop loin, si bien qu’on l’imagine difficilement en train de reculer. À moins que les Soudanais, dans un élan solidaire, refusent de courber l’échine en maintenant la pression jusqu’au bout ».

Et Le Pays de conclure : « ce qui se passe actuellement au Soudan est la preuve que la cogestion du pouvoir par les militaires et les civils est très difficile pour ne pas dire impossible ; les premiers ne comprenant que le langage des armes. Mais ils oublient volontiers que ni la kalache ni le bazooka ne peuvent venir à bout d’un peuple debout et déterminé ».
L’Égypte montrée du doigt
Et puis Le Point Afrique s’interroge : « le maréchal al-Sissi serait-il le principal allié des putschistes soudanais ? » Oui, répond-il : « le coup d’État semble avoir été validé, si ce n’est orchestré, par Abdel Fattah al-Sissi. Après plusieurs jours de rumeurs, le Wall Street Journal avait en effet confirmé, le 4 novembre dernier, qu’Abdel Fattah al-Burhan s’était rendu au Caire, la veille de son coup d’État. "L’Égypte a donné son feu vert et fait relever le Premier ministre", résume Suliman Baldo, conseiller politique soudanais au sein de l’organisation The Sentry. (…) Suliman Baldo qui décrit une relation de grand frère à petit frère entre les deux militaires. Le maréchal égyptien Abdel Fattah al-Sissi, 66 ans, jouerait le rôle de l’aîné et le général soudanais Abdel Fattah al-Burhan, 61 ans, celui du cadet ».