Il est beaucoup question de la dette africaine ces derniers temps avec ces engagements pris par les pays du G20. Ils veulent trouver des solutions pour alléger le fardeau des pays les plus pauvres, en cette période de crise mondiale. De son côté, l’Afrique met des propositions sur la table, c’est notamment le travail du quatuor d’envoyés spéciaux mis sur pied par l’Union africaine.

L’Afrique est endettée, mais elle ne cherche pas à fuir ses responsabilités à tout prix. Ne pas payer ses dettes auprès des créanciers, notamment privés, serait vu comme une catastrophe par de nombreux économistes, comme le sénégalais Chérif Salif Sy. « Ça donne une très mauvaise image. Un pays qui demande l’annulation totale d’une dette légitime, ou qui se déclare en défaut de paiement, on peut lui imposer n’importe quoi. »

Dans le monde actuel où les États africains empruntent entre un quart et un tiers de leurs besoins sur les marchés financiers, réclamer des rééchelonnements ou des annulations de dette, c’est prendre le risque de dégrader sa signature et donc à terme de se voir imposer des taux d’intérêt plus élevés.

L’économiste Demba Moussa Dembélé estime qu’il faut sortir de cet état de faiblesse : « Tant que les pays africains n’essaient pas de négocier collectivement vis-à-vis des créanciers privés, ils seront toujours à la merci de ces derniers. »
Un pot commun
Le quatuor d’experts mis en place par l’Union africaine travaille avec le FMI et la Banque mondiale à trouver des solutions. L’une d’entre elles, soutenue par la France, consisterait à utiliser les Droits de tirage spéciaux du FMI, pour créer un pot commun.

« Il y a une proposition qui est sur la table et qui est porté par le Commission économique pour l’Afrique (organe onusien, NDLR) qui est de dire, essayons de voir s’il est possible de construire un véhicule (financier, NDLR) supranational qui soit abondé par de grandes banques et de grandes institutions multilatérales et auprès duquel chaque État viendra refinancer tout ou partie de sa dette, y compris le service de la dette, à des taux et des maturités intéressantes. Ce qui donnerait une bouffée d’air pour les pays, et qui permettrait de sortir de ce problème de savoir si l’on doit négocier en bilatéral avec la Chine ou avec les créanciers privés », explique Shegun Adjadi Bakari, conseiller à la présidence togolaise. 

L’idée est donc de permettre aux pays africains de pays moins cher une partie de leur dette. Pour l’instant, ils empruntent sur les marchés financiers a des taux bien plus élevés que les grandes puissances. C’est ce que l’on appelle le risque pays. Diminuer ces taux par un mécanisme de refinancement permettrait de dégager des fonds pour relancer les pays une fois la pandémie dépassée, plaident les économistes africains.