En Afrique du Sud, l’émigration de travailleurs qualifiés n’est pas un phénomène nouveau. Le pays ne possède pas de statistiques officielles sur le nombre de Sud-Africains qualifiés qui partent travailler à l’étranger, ce qui pose problème pour quantifier le phénomène. Mais la tendance pourrait s’intensifier alors que l’économie a du mal à se redresser, et cela pourrait avoir des conséquences sur l’économie du pays.

De notre correspondante à Johannesburg,

À 30 ans, Tshepiso Mogapi est concepteur de logiciels informatiques. Il a déjà commencé à regarder des offres d’emploi à l’étranger et rêve de pouvoir s’établir au Royaume-Uni ou en Irlande d’ici à deux ans. « J’ai différentes raisons, mais c’est surtout pour la qualité de vie, et pour avoir davantage d’opportunités et de sécurité aussi. C’est une tendance qui se retrouve au sein de mon cercle d’amis. Certains disent qu’ils aimeraient rester en Afrique du Sud, si tout allait bien économiquement et politiquement, mais il faut d’abord s’occuper de soi avant de s’occuper du pays », dit Tshepiso Mogapi.

La situation économique du pays s’est un peu plus détériorée avec la pandémie, et plus d’un Sud-Africain sur trois est désormais au chômage. Nicholas Avramis gère une entreprise de conseil pour les Sud-Africains souhaitant émigrer au Canada, et il ne serait pas surpris de voir la tendance à l’émigration se renforcer.
Pendant le Covid, les gens travaillaient de chez eux et avaient plus de temps. Ils se sont donc penchés plus sérieusement sur leur dossier d’immigration. Donc, nos téléphones n’ont pas arrêté de sonner. Et depuis les émeutes, il y a eu une explosion des demandes. Le processus d’immigration prend du temps. Donc, les gens ne vont pas partir demain, mais d’ici les prochaines années on pourrait voir davantage de personnes partir.Des départs qui font diminuer les recettes fiscales de l'Afrique du Sud
Dernier départ à avoir fait parler de lui : le PDG de la chaîne de pharmacies Clicks a décidé d’émigrer en Australie. Un phénomène qui a pour conséquence de faire diminuer les recettes fiscales du pays. Et pour certains secteurs, ces professionnels ne seront pas faciles à remplacer, selon Johannes Wessels, directeur de l’Observatoire sud-africain des entreprises : « Certaines de ces compétences ne peuvent pas être renouvelées facilement, cela prend des années pour former quelqu’un et qu’il gagne de l’expérience. Et l’immigration de travailleurs qualifiés existe, mais elle est très lente. Donc, finalement nous exportons notre connaissance productive. »

Angel Jones a monté une plate-forme pour aider les Sud-Africains à l’étranger à rentrer chez eux (Homecoming Revolution), et elle estime que la situation n’est pas irréversible. « Le gouvernement pourrait donner des motivations pour ceux qui veulent rentrer, par exemple des avantages fiscaux pour monter une entreprise, des visas de travail pour les épouses étrangères. Et nous, notre travail consiste à mettre en lumière des récits de personnes qui ont décidé de rentrer », explique-t-elle.

Le Centre pour le développement et l’entreprise appelle, quant à lui, pour compenser, à faciliter l’immigration dans le pays de travailleurs étrangers qualifiés.