L'Afrique produit chaque jour des millions de tonnes de déchets et notamment de déchets plastiques. De plus en plus de jeunes entrepreneurs se lancent dans le recyclage avec parfois des procédés ingénieux. Mais ils cherchent tous des partenaires, financiers et techniques. Rencontre avec certains d’entre eux la semaine passée lors du sommet Ambition Africa, organisé en marge du sommet Afrique-France.

Plastiques, verres ou huiles de vidange, l’Afrique étouffe sous ses déchets. Heureusement de plus en plus d’esprits inventifs se lancent dans le recyclage. Avec un four à pyrolyse fabriqué par ses ingénieurs camerounais, Walter Djatsa, fondateur de ISO-TECH SARL, fabrique du diesel avec des sachets plastiques. 

« À partir de quinze kilos de plastique, nous obtenons à peu près quinze litres par jour. Mais il n’y a pas que carburant que l’on obtient dans ce processus ; vous avez aussi du gash, le gash étant la matière première pour faire les bougies, vous avez aussi du gaz qui se dégage », explique Walter Djatsa. 

À Brazzaville, Dexter Trésor Omono récupère les huiles de moteurs dans les garages de la ville, puis il les recycle. « Nous avons une unité de transformation, où nous recyclons les huiles. Nous enlevons les déchets et nous produisons l’huile de moteur pour le marché, la graisse et le savon », détaille-t-il. À Ougadagou, Aziz Diloma Hema ramasse tout ce qu’il trouve et recycle tout ce qu’il peut. « Aujourd’hui le projet permet de traiter 1% de tous les déchets journaliers de Ouagadougou », constate Aziz Diloma Hema
Un développement freiné
Ces trois entrepreneurs sont pourtant freinés dans leur développement. « En gros, nous collectons près de dix tonnes de déchets par jour. Et nous n’arrivons à traiter que deux tonnes pour l’instant. Parce que justement la capacité de traitement avec nos machines qui ont été localement fabriquées ne nous permet pas de faire plus », regrette Walter Djatsa.

Investir dans des machines et des techniques pour satisfaire les besoins croissants, c’est aussi l’ambition de Dexter Trésor Omono. « La volonté y est, mais la volonté ne suffit pas. Nous avons besoin d’un partenaire technique, mais surtout d’un partenaire financier parce que nous voulons développer l’activité. Le marché est là et la demande est forte, car la majorité des huiles consommées au Congo vient de l’étranger. Et nous voulons privilégier au maximum la production locale de ce que nous consommons », ajoute Dexter Trésor Omono.
Convaincre pour financer le business vert
Mais trouver des crédits reste difficile pour ces magiciens de la chimie pétrolière. Aziz Diloma Hema a du mal à convaincre son banquier. « Oh ! Mon banquier à Ouagadougou, il ne croit pas aux déchets. Parce que quand je lui parle “poubelles”, lui il est tellement habitué à parler avec des miniers, des gens qui ont de gros chiffres d’affaires, donc moi... il trouve que ce n’est pas pérenne. Pourtant, moi, je suis parti de rien et j’arrive à faire une économie à base de ces déchets », souligne l’entrepreneur.

Ces jeunes entrepreneurs se tournent donc vers l’étranger, comme la France et ses mécanismes de soutien aux PME. Mais ils voudraient surtout que leur gouvernement finance le business vert. Une activité rentable et surtout nécessaire dans une Afrique de plus en plus polluée.