Il n'y aura pas de cacao durable sans prix honorable pour les planteurs. Faire remonter les prix qui peinent à passer la barre des 2 500 dollars la tonne depuis cinq ans, c'est évidemment ce que réclament les cacaoculteurs. Le sujet est aujourd’hui sur la table des grandes discussions internationales de la filière cacao.

Comme le dit Aly Touré, porte-parole des pays producteurs de cacao, la question du prix est aujourd’hui incontournable. « Sur 100 milliards de dollars que génère la filière cacao dans la chaîne de valeur mondiale, les producteurs n’ont que 3% », dit-il.

En 40 ans le cacao a perdu les trois quarts de sa valeur. Il y a donc urgence à trouver des solutions afin que les cacaoculteurs vivent mieux. Au-delà des mécanismes locaux de compensation des prix, qui ont montré leur limite, la solution est d’agir d’abord sur les prix internationaux, explique Michel Arrion, directeur exécutif de l’Organisation internationale du cacao.

« Si on veut un impact sur les prix internationaux, il faut à la fois stabiliser la production et augmenter la consommation. Jusqu’à présent, c’était un peu un dialogue de sourds. Les uns disaient “vous devez produire moins”, les autres disaient “vous devez consommer plus”. Oui, mais il faut faire les deux en même temps et à la fois. »

► À écouter aussi : L'urgence de développer une filière de cacao équitable et durable
La nécessité de faire consommer dans les pays producteurs
Du côté de l’offre, des marchés sont à développer en Asie, pour faire croître la demande, mais aussi dans les pays producteurs, rarement consommateurs. « C’est à nous d’aller vers les enfants, d’instaurer une journée du chocolat par exemple dans les cantines scolaires, de sensibiliser les cuisiniers et les cuisinières des cantines scolaires à éduquer les enfants au goût du chocolat », insiste Sophie Kourouma, une des porte-parole du Conseil café cacao de Côte d’Ivoire. 
Diversifier la transformation du cacao, l’autre alternative
En Côte d’Ivoire, le nouveau mot d’ordre, c’est la transformation. Des planteurs se mettent eux-mêmes directement à diversifier leurs revenus liés au cacao, c’est le cas d’Ambroise N’koh à la tête d’une plantation de 50 ha. « Avec 10 kilos de cacao, je sors au moins 90 000 francs CFA de ressources. Je fais du bio composte, je fais de la potasse. J’utilise le jus de rejet de cacao pour faire de la liqueur, du vinaigre blanc, de la confiserie... Il y a tellement d’éléments à tirer du cacao qu’on n’est pas obligé de se focaliser sur le chocolat », explique Ambroise N’koh.

► À lire aussi : Nouvelle ère pour les exportateurs ivoiriens de cacao

Repenser les prix au producteur, le message commence à être entendu dans le secteur privé. Depuis deux ans, la question d’un revenu décent n’est plus tabou. Elle commence même à figurer à l’agenda des réunions internationales, comme celle, cette semaine, de la Fondation mondiale du cacao.