La croissance économique rwandaise mise en difficulté par la crise du coronavirus. Le secteur des services, sur lequel le pays a misé pour son développement, est très affecté. Depuis quelques années, Kigali ambitionne en effet de devenir un « hub » régional de conférences. Mais les quelques 70 évènements prévus à Kigali cette année ont été reportés, représentant un manque à gagner de 80 millions d’euros pour l’économie du pays pour l’année 2020.

Il y a encore quelques mois, Jean Marie Fizi était à la tête d’une petite agence touristique. Aujourd’hui, il lave des voitures chez les particuliers. « Il fallait que je trouve autre chose à faire, parce que le tourisme est mort pour le moment. Donc je suis passé au nettoyage. »

Alors que le Rwanda se préparait à accueillir, en juin dernier, le 26e sommet des chefs de gouvernement du Commonwealth et ses quelque 10 000 délégués et diplomates, Jean-Marie a décidé d’investir 50 000 euros dans l’importation d’un nouveau véhicule pour transporter les visiteurs dans le pays, mais la pandémie est passée par là, et le sommet a été reporté à l’année prochaine. « Pour cette voiture, j’avais pris un emprunt avec la banque. Donc j’ai commencé l’autre société pour que je puisse au moins rembourser la banque. Sinon, on peut saisir tout ce que j'ai. »

Depuis la montée de la ville de Kigali comme destination de conférence aux alentours de l’année 2017, le secteur aurait généré 276 millions de dollars selon les chiffres du gouvernement. Aujourd’hui, il est au point mort, mais Nelly Mukazayire, présidente du Bureau des conférences rwandais, mise sur une reprise rapide. « Nous avions prévu d’engranger 80 millions de dollars cette année, mais nous ne les avons finalement pas gagnés. Mais la bonne nouvelle, c’est que la majorité des évènements prévus ont été repoussés à 2021. Donc même si cet argent n’a pas été généré cette année, il le sera l’année prochaine. »

En attendant, le gouvernement mise sur le tourisme local et a lancé un fond de relance destiné à venir en aide aux entreprises les plus touchées par la crise. Reste que les prévisions de croissance sont à la baisse. Samba Mbaye, représentant du FMI à Kigali. « Avant la Covid-19, le Rwanda connaissait une très forte croissance. En 2019, il était même dans le Top 5 mondial. Avant la crise, nous avions prévu une croissance de 8% pour 2020. En juin, nos prévisions sont tombées à 2%. Aujourd’hui, nous sommes en train de revoir les chiffres et il semble que l'on se dirige sous la barre des 2%. »

De son côté, l’agence Moody’s a récemment fait changer la perspective économique du pays, de « stable » à « négative » notant que « la pandémie du coronavirus remet en question la stratégie de développement du Rwanda, en grande partie financée par de la dette et focalisée sur la promotion du tourisme de conférence. »