Troisième volet de notre plongée dans le quotidien d’une famille sud-africaine pour mieux comprendre les enjeux économiques du pays. Les Khoza, une famille noire aux revenus modestes, habitent à Johannesbourg, dans le township de Soweto. Plusieurs générations vivent ensemble dans de petites habitations construites sur un même terrain et s’entraident pour gérer un budget rendu encore plus maigre avec la crise du Covid-19. Les dépenses de santé sont réduites au minimum pour ne pas peser sur les revenus de la famille, même en temps de pandémie.

Une fillette de 11 ans surgit d’un des bâtiments pour aller jouer dans la rue. Elle se gratte régulièrement le bras, à un endroit où de grandes plaques rouges s’étalent sur sa peau. Sa mère, Ntabiseng, s’inquiète de ne pas pouvoir faire plus pour la soulager de son eczéma. « Regardez-là, regardez c’est tout irrité et c'est douloureux. Je voudrais l’aider, parfois elle en pleure, mais le traitement coûte plus de 20 euros par mois. Même si je vais à la clinique, ils ne me donnent qu’un petit tube. Après il faut aller acheter le reste. J’achète juste ce que je peux, le reste du traitement, j’y renonce. » 

Dans la maison principale de Sarah Khoza, il n’y a pas non plus d’armoire à pharmacie, puisqu’il n’y a pas de médicaments à y ranger. Et cette grand-mère doit elle aussi se contenter d’aller à la clinique publique pour une douleur au pied. « Je ne sais pas ce que j’ai. Quand je me suis levée, je ne pouvais pas poser le pied par terre. Si on a quelque chose de grave, il faut aller consulter un docteur, mais c’est trop cher, plus de 20 euros. Je n’ai pas cet argent. Je pense que je n’ai pas les moyens de me faire bien soigner. » 
Le fossé est immense entre ceux qui ont accès à une médecine privée, chère et ceux qui doivent se contenter des installations publiques, souvent encombrées et mal équipées.
Pour un meilleur accès aux soins, le Parlement travaille actuellement sur la mise en place d’une couverture maladie universelle ; elle devrait voir le jour d’ici cinq ans. En attendant, Tebogo est soulagé que personne au sein de la famille Khoza n’ait pour l’instant contracté le coronavirus. « Si quelqu’un l’avait attrapé, et que cela s’était transmis dans la famille, on sait que cela aurait été difficile, car on manque d’argent pour se soigner. Donc on a essayé de suivre les précautions sanitaires, en portant un masque dehors et en évitant de trop se déplacer. » 

Le jeune homme est l’un des rares de la famille à avoir une assurance santé, grâce à son travail, mais il fait très attention à ne jamais dépasser ce à quoi il a droit. « Il faut payer beaucoup d’argent pour avoir une assurance, donc j’essaye de l’utiliser seulement quand c’est nécessaire. Si je peux me traiter moi-même, je préfère faire cela et n’utiliser l’assurance que si je suis vraiment très malade, pour avoir une meilleure couverture. »

Jusqu’à présent, seuls 15% des Sud-africains ont souscrit, comme Tebogo, une assurance maladie.