Quatrième et dernier volet de notre plongée dans le quotidien d’une famille sud-africaine pour mieux comprendre les enjeux économiques du pays. Les Khoza, une famille noire aux revenus modestes, habitent à Johannesbourg, dans le township de Soweto. Plusieurs générations vivent ensemble dans de petites habitations construites sur un même terrain et s’entraident pour gérer un budget rendu encore plus maigre avec la crise du Covid-19.

L’Afrique du Sud est souvent pointé du doigt comme étant l’un des pays les plus inégalitaires au monde en termes de revenus, mais aussi en ce qui concerne la répartition des richesses, malgré les promesses de redistribution à la fin de l’apartheid. Et il est difficile pour les ménages modestes de se construire un patrimoine. Les rentrées d'argent couvrent tout juste les dépenses courantes. 

Dehors, les chants religieux résonnent dans la rue. Mais ce dimanche matin, Sarah, 70 ans, est restée dans l’un des fauteuils du salon, son petit chauffage aux pieds. Elle parcourt la pièce du regard et pense souvent à ce qu’elle laissera plus tard derrière elle. « Je n’ai rien à léguer aux petits-enfants. L'argent que j'ai me suffit tout juste pour vivre au jour le jour. Je reçois une pension d’une centaine d’euros environ. Avec cela, je paye chaque mois un contrat - 20 euros - pour assurer mes obsèques, car je ne veux pas que mes enfants aient des problèmes une fois que je serai partie. Au moins, ils auront un toit ; la maison appartient à la famille de mon mari. Elle restera donc au sein de la famille », raconte Sarah. 
Plus de 25 ans après la fin de l’apartheid, les inégalités sont encore très fortes : 10% des ménages les plus fortunés possèdent plus de 80% des richesses. 
La belle-fille de Sarah, Philippine, a essayé un temps de mettre de côté, à son niveau, mais depuis qu’elle a perdu son travail, elle a dû utiliser ses maigres économies. « Avant, on avait ces plans d’épargne et tout cela, mais cette année, plus rien, on ne peut plus. Tout le monde dit qu’il faut économiser, économiser, mais qu’est-ce qu’on peut économiser, quand on n’a pas de revenus ? Il y a trop d’inégalités. Si tu es riche, tes enfants auront un futur stable. Nous, on essaie d’économiser et de lancer un petit commerce au coin de la rue. Mais comme on vit du peu d’argent que l’on gagne et que l’on doit aider toute la famille avec ces quelques revenus, le commerce ne peut pas grossir. », regrette-t-elle. 

Pas facile en effet d’épargner alors que beaucoup de travailleurs doivent aussi redistribuer leurs gains pour aider leurs proches moins aisés. Cette pratique solidaire, surnommée la « Black Tax », permet à tous de survivre, mais c’est parfois un poids pour les jeunes actifs. Le revenu principal de Siphiwe, 24 ans, ne suffit donc pas. « Je ne peux pas vivre juste avec ce travail, il sert à prendre soin de la famille, payer les transports, etc. Quand on reçoit nos salaires, il y a une certaine somme que l’on met en commun pour acheter des provisions pour tout le monde, car on est nombreux dans la maison. Donc mon salaire part vite, il me reste ensuite peut-être une trentaine d’euros. C’est pour cela qu’il faut un autre boulot à côté. Moi je me suis mis à vendre des chapeaux et des parfums, pour me créer un revenu supplémentaire », explique-t-il.

Alors que près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, une taxe sur les revenus les plus riches n’est pas exclue par le ministère des Finances, comme solution pour sortir de la crise.