Dans les régions pétrolifères du sud du Nigeria, une économie parallèle s’est structurée autour du vol de pétrole et du raffinage illégal. Dans un pays où le chômage est endémique et touche durement les jeunes, ces trafics font vivre de nombreuses familles. Rencontre avec ces jeunes qui dépendent de ce juteux business informel.

Les bateaux à moteur croisent les embarcations des pêcheurs et les gigantesques tankers, sur le delta du Niger. Certains transportent des passagers ou des marchandises, légales ou illégales.

Young, la trentaine, s’est spécialisé dans le transport de carburant artisanal : « J’ai un diplôme, mais il n’y a pas de travail dans le pays. Donc, je me débrouille. Les gens m’envoient sur la rivière pour acheter des marchandises. Aujourd’hui, je transporte surtout du diesel. Quand il y a un stock, ils m’appellent. Je vais chercher le produit dans les criques et je le revends. »

Pourtant, les risques sont élevés. Audu, 31 ans, reconnaît que dans ce commerce, on peut tout perdre du jour au lendemain.

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« J’ai été arrêté deux fois sur la rivière et j’ai dû payer presque 10 000 euros pour être libéré sous caution, à ce moment-là. La deuxième fois, 6 000 euros. Des fois, les sommes que les forces de sécurité nous demandent pour ne pas être inquiétés sont juste trop élevées, explique le jeune homme. Dans ce cas, ils brûlent notre cargaison. J’aimerais racheter un bateau, mais en ce moment, je n’ai pas l’argent pour. »
Un trafic qui attire aussi les femmes 
Sur les quais du port de Warri où le carburant artisanal est livré, ce sont surtout des femmes qui s’occupent de revendre le produit illégal. Timi, 28 ans, s’est lancée dans ce business en parallèle de ses études. « Un ami m’a aidée à démarrer et j’ai commencé à acheter et revendre. Avec cet argent, je peux payer mes frais de scolarité et mes livres, confie-t-elle. Il y a des femmes qui ont perdu leur mari et elles n’ont pas le choix ! Les autres business ne rapportent vraiment pas assez, alors qu’avec le carburant, si tu achètes un tonneau à 100 euros tu le revends 140 euros, donc si tu achètes 5 bidons, c'est 200 euros de bénéfice, et une fois tous les frais réglés, il te reste peut-être 100 euros pour nourrir tes enfants pour acheter du manioc de la viande ou du poisson à cuisiner pour tes enfants. »

Alors que le Nigeria fait face à des pénuries d’essence récurrentes, Timi n’a aucun mal à trouver des clients pour son carburant, moins cher que celui importé de l’étranger.

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