En demandant la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain, Donald Trump menace d'abondants échanges de matières premières entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique : pétrole, bois, céréales ou avocats.
Trump va-t-il imposer des barrières aux échanges colossaux de matières premières à travers l'Amérique du Nord ? C'est en tout cas la menace que le nouveau président des Etats-Unis fait peser sur des secteurs entiers de l'agriculture ou des hydrocarbures, au Canada, aux Etats-Unis et au Mexique. Le traité de libre-échange nord-américain n'a pas seulement encouragé les ventes de voitures mexicaines aux Etats-Unis. Il a ôté les barrières douanières et tarifaires à d'énormes flux de produits de base.
Le Canada est ainsi le premier fournisseur d'acier des Etats-Unis, le Mexique le quatrième, les Etats-Unis absorbent plus de la moitié des exportations d'acier des deux voisins. Le Canada expédie pour 70 milliards de dollars de pétrole et dérivés aux Etats-Unis, qui eux-mêmes fournissent au Mexique de plus en plus de gaz et d'essence. Le fait que Trump demande la renégociation de l'Alena pourrait aussi contrarier la participation des majors américaines au développement des champs pétroliers mexicains.
Le flux des denrées alimentaires va-t-il aussi ralentir ? Le Canada est le premier fournisseur agricole des Américains (22 milliards de dollars en 2015), il expédie beaucoup d'huiles végétales aux Etats-Unis, mais surtout de la viande rouge ainsi que des animaux vivants qui finissent leur engraissement dans les « feed lots » américains. Le bois canadien passe aussi abondamment la frontière américaine. Le Canada protège encore son secteur laitier mais il reçoit des Etats-Unis des fruits et légumes, des jus de fruit et beaucoup de plats cuisinés.
Les matières premières agricoles des Etats-Unis vont plutôt vers le Mexique : le maïs et le soja américains, mais aussi les produits laitiers, le porc et le bœuf des Etats-Unis. Le Mexique est ainsi le troisième débouché de l'agriculture américaine (18 milliards de dollars). Mais le géant latino d'Amérique du Nord est aussi devenu le deuxième fournisseur agricole des Etats-Unis (21 milliards de dollars), et pas seulement de vin ou de bière Corona. 80% des avocats dont raffolent de plus en plus les Américains proviennent du Mexique, et les producteurs mexicains sont aujourd'hui inquiets.