Les industries sucrières en Chine affirment perdre de l’argent. Elles font pression sur Pékin afin que soit prolongée l’application de droits de douane très élevés sur le sucre importé, ainsi que le renforcement de la chasse aux contrebandiers. Résultat : les stocks augmentent dans les pays exportateurs.

La prise a été abondamment relayée par les médias officiels. Cinq bateaux, 2 800 tonnes de sucre sont saisis par les douanes de Shanghai le 29 mai dernier. La police interpelle alors une quarantaine d’individus mettant fin à un vaste trafic. Selon les autorités, les trois groupes de fraudeurs impliqués auraient fait entrer illégalement plus de 8 000 tonnes de sucres en Chine depuis septembre 2018.

Des coûts de production plus élevés que les concurrents

Cette répression de la contrebande, largement médiatisée, répond aux pressions de l’industrie locale. Selon l’Association chinoise du sucre, le secteur est dans le rouge. Les usines à sucres perdent de l’argent en raison de coûts de production plus élevés que les concurrents indiens ou thaïlandais. Le coût d’une tonne de sucre dans le Guangxi, première région sucrière chinoise, évolue entre 5 000 et 6 000 yuans (630 et 760 €) selon les producteurs, avec un prix de vente, taxes comprises, affiché à près de 670 € la tonne (5 280 et 5 320 yuans) en juillet dernier.

Les producteurs du Guangxi sont en colère plus encore que ceux du Xinjiang et du Yunnan. Ce sont ceux qui ont fait la demande de prolongation des droits de douane au nom de l’ensemble du secteur, des taxes qui devraient expirer le 21 mai prochain. La Chine importe 1,94 million de tonnes de sucre par an dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce. Au-delà, les importations sont soumises à des taxes supplémentaires, voire très lourdement taxées jusqu’à 95 % en 2017, et aujourd’hui encore à 85 %, pour la période entre mai 2019 et mai 2020.

Le prix du sucre blanc en hausse de 20 %

À ce barrage tarifaire vient s’ajoute un renforcement de la lutte contre les importations frauduleuses via la Birmanie, le Laos ou le Vietnam. Selon l’analyste Wang Weidong, cité par nos confrères de l’agence Reuters, les entrées illégales de sucre devraient diminuer de moitié cette année pour atteindre 800 000 tonnes.

Résultat : Le prix du sucre blanc grimpe en flèche en Chine, + 20 % cette année. Les mesures commerciales prises par la Chine « ont eu un rôle efficace pour la défense des intérêts de l’industrie nationale et pour la promotion d’un développement sain et stable du secteur », affirment les responsables du secteur.

Autre résultat : les stocks augmentent dans les pays exportateurs. Selon les chiffres de l’Organisation internationale du sucre, après deux années consécutives d’excédents, le marché mondial aurait près 95 millions de tonnes de sucre sur les bras, soit l’équivalent de 6 mois de consommation… et des stocks qui s’accumulent particulièrement en Asie et aux frontières chinoises. Du coup, les producteurs thaïlandais notamment regardent ailleurs… maïs, manioc et riz parfumé. Les surfaces cultivées de canne à sucre en Thaïlande diminuent et la production de sucre devrait baisser de 2 à 3 % cette année.