La filière du gaz en France s'estime oubliée alors que le gouvernement va publier dans quelques semaines sa feuille de route énergétique à l'horizon 2028. La programmation pluriannuelle envisagée met l'accent sur l'électricité renouvelable et elle néglige, selon l'Association française du gaz, tout le potentiel des gaz renouvelables.
Les gaz renouvelables sont-ils l'avenir de la filière gazière en France ? L'Association française du gaz et son fleuron Engie veulent en tout cas convaincre l'opinion et les autorités, que le gaz, qui fournit déjà plus d'un tiers des pointes de consommation électriques en France, fait partie des solutions pour réussir la transition énergétique.
D'où la promotion de ces gaz dits renouvelables parce qu'ils n'ont pas été extraits du sous-sol, contrairement aux énergies fossiles. Il s'agit du biométhane, le gaz produit en fermentant les déchets de la ferme, du méthane produit par pyrolyse de déchets solides - qui sinon seraient incinérés -, et enfin du méthane et de l'hydrogène produits par électrolyse de l'eau, à partir d'électricité solaire ou éolienne... pour stocker cette électricité.
30% plus cher que le tarif du solaire
Des gaz renouvelables très marginaux pour l'instant... Parce qu'ils sont chers : 90 euros le mégawatt-heure, 30% de plus que le tarif de rachat de l'énergie solaire aujourd'hui. Il faut aussi que ces gaz renouvelables puissent être injectés sur le réseau gazier, pas adapté pour l'instant... Aujourd'hui, les gaz renouvelables ne représentent que 0,25% de la consommation française de gaz.
Pourtant, avec tous les projets dans les tuyaux, cette proportion pourrait progresser très vite. Jusqu'à fournir 100% de la consommation française de gaz en 2050, selon l'Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie !
La méthanisation connaît l'essor le plus rapide, avec 66 méthaniseurs installés dans l'Hexagone et 10 fois plus en projet. Les agriculteurs y trouvent un complément de revenu, un apport d'engrais avec le résidu, le digestat, et une certaine stabilité : des contrats sur 15 ans, sans équivalent pour leur production végétale ou animale.
Soutien des collectivités locales
Le soutien de l'Etat n'est pas encore acquis, mais les collectivités locales sont très favorables à ces gaz renouvelables. Potentiellement une dizaine de milliers d'emplois non délocalisables, contrairement aux panneaux solaires. La région Normandie vient de relancer son plan hydrogène.
Le département du Haut-Rhin, qui sera bientôt privé de la centrale nucléaire de Fessenheim, mise aussi beaucoup sur la méthanisation et l'hydrogène. Son rêve : qu'un train à hydrogène relie Colmar et Fribourg, de l'autre côté de la frontière allemande, et qu'il passe là où l'on n'avait jamais reconstruit de pont sur le Rhin, depuis la Deuxième Guerre mondiale.