Privé d’exécutif pendant deux ans, le Liban relance les enchères pétrolières en prenant deux décrets. Sans dissiper les inquiétudes sur la gestion de la rente éventuelle.
 
Le pétrole et le gaz font l’objet des premiers décrets du nouveau gouvernement libanais. Avec des réserves de gaz évaluées à 850 milliards de m3, 2 700 milliards de m3 même, selon l’ancien ministre de l’Énergie aujourd’hui aux Affaires étrangères, le Liban est potentiellement aussi riche qu’Israël en hydrocarbures. Il partage avec l’État hébreu, Chypre et l’Égypte, le même bassin géologique du Levant où les belles découvertes maritimes se sont multipliées depuis 2009. Des revenus potentiels qui font rêver le pays du Cèdre, aujourd’hui écrasé par la dette, la gestion d’un million de réfugiés et l’effondrement du tourisme.
Mais il manquait un cadre juridique à l’exploitation de ce gaz et de ce pétrole au large des côtes libanaises. La loi pétrolière de 2010 n’avait toujours pas de décret d’application, les premières enchères lancées en 2013 sur 5 blocs offshore avaient tourné court. Le Liban avait ensuite été privé pendant deux ans de gouvernement.
Processus relancé
Avec les deux décrets pétroliers pris la semaine dernière, le processus est relancé. Le gouvernement de Saad Hariri compte sur les majors Exxon, Chevron, Eni, Total, pour candidater de nouveau lors des prochaines enchères. Le nouvel exécutif libanais va définir une fiscalité nouvelle sur les hydrocarbures, qui jailliront, promet-il, dans moins d’un an.
Cette précipitation inquiète les experts. Le régime du partage de production semble avoir été choisi, mais pas la création d’une véritable compagnie pétrolière nationale au Liban. D’où la crainte de voir le revenu des barils s’éparpiller entre les grandes compagnies étrangères et une kyrielle de sociétés libanaises plus obscures les unes que les autres. Contrairement à Israël, le Liban n’a pas défini quelle quantité d’hydrocarbures restera dans le pays, pourtant régulièrement privé d’électricité. Quels seront les garde-fous environnementaux ? Au Liban, le Parlement et la société civile n’ont pas encore pris part au débat.
Dans le contexte actuel des prix du pétrole et du gaz, beaucoup moins élevés qu’en 2013, le Liban aurait tort de brader ses ressources.