Le gouvernement français a réservé un milliard d'euros sur les cent milliards de son plan de relance après le choc du confinement pour favoriser la réimplantation dans le pays d'activités industrielles parties vers des cieux plus cléments. Une politique que les faits semblent condamner : les usines continuent à fermer. Le dernier exemple en date est celui de l'usine Bridgestone de Béthune.

En France, le début de semaine a été marqué par des appels du corps médical à rapatrier en France la fabrication de plusieurs molécules-clés pour soigner le cancer. Les médicaments manquent et la France n'a plus d'usines pour les produire. Le même problème s'était manifesté au mois de mars 2020 alors que les masques ou le matériel de réanimation faisaient cruellement défaut. Plus généralement, la France fait face à une désindustrialisation de son économie.

Ce qui est en cause, ce sont les délocalisations, le départ des usines vers des cieux où les coûts de production sont moins importants. Souvent, c'est la Chine qui a attiré à elle ces centres de production. Les États-Unis font face au même problème, et c'est l'un des moteurs de la politique agressive de Donald Trump vis-à-vis de la Chine.

Face à ces délocalisations, à cette désindustrialisation, un nouveau mot a fait son apparition dans le langage des politiques et des économistes en France, ce sont les relocalisations. Ramener sur le territoire français les usines qui sont parties, reprendre le contrôle de la production de produits importants pour l'économie et pour la vie quotidienne. Pourtant, ces dernières heures, ce n'est pas une relocalisation qui a fait l'actualité mais la fermeture de l'usine Bridgestone à Béthune. Aussi, allons-nous essayer de voir si la volonté politique pourra l'emporter sur la réalité économique avec deux invités.

  • El Mouhoub Mouhoud est professeur d'Économie à l'Université Paris-Dauphine, dont il est vice-président. El Mouhoub Mouhoud est un spécialiste des questions liées à la mondialisation. Il a publié en 2017 un livre intitulé Mondialisation et délocalisation des entreprises, Éditions La Découverte, collection Repères.

  • Olivier Lluansi est associé chez PriceWaterHouseCoopers, PWC, l'un des géants mondiaux de l'audit. Il est auparavant passé par l'Élysée comme industriel de François Hollande, au début de son quinquennat. Olivier LLuansi a aussi été responsable des activités de Saint Gobain pour l'Europe Centrale et Orientale. Il vient de publier un livre qui tombe à pic. Son titre Vers la renaissance industrielle, livre écrit avec Anaïs Voy-Gillis et publié chez Marie B., collection ligne de repères.

 

Comment ceux qui ont, au sens premier du terme, les mains dans le cambouis, les ouvriers, ceux dont les emplois ont été décimés au cours des dernières décennies en France, comment ceux-là décrivent-ils l'hémorragie industrielle française ? Ecoutez cet entretien que Frédéric Sanchez, le secrétaire général de la fédération des travailleurs de la métallurgie CGT a accordé à David Baché, du service Economie de RFI.

Entretien avec Frédéric Sanchez, de David Baché

Le groupe Coverguard, spécialiste des équipements de protection individuels depuis 85 ans est une entreprise implantée à Miribel, dans le département de l'Ain, à une vingtaine de kilomètres de Lyon. À l'occasion de la pandémie de Covid-19, l'entreprise a décidé de rapatrier la fabrication de masques respiratoires à usage unique qu'elle faisait jusque-là fabriquer ailleurs.

Reportage de Clémentine Métenier 

Ces relocalisations, il n'y a pas que les milieux économiques français, que les politiques français qui en rêvent. Au sud de la Méditérrannée, on en parle aussi.

Reportage de Michel Picard