Des entreprises pétrolières, des mines de charbon, des compagnies maritimes, des producteurs d’électricité, des banques, des compagnies d’assurance, longue est la liste des entreprises dont l’avenir est menacé par la lutte contre le changement climatique.

Le monde est en train de se barricader pour faire face à l'épidémie de coronavirus. Les bourses s'effondrent, les frontières se ferment, les aéroports sont désertés. Mais si le monde se barricade, la terre tourne encore. Et d'autres phénomènes sont à l'œuvre.

Ainsi, forte de ses énormes réserves pétrolières, l'Arabie saoudite a déclenché une guerre du pétrole, faisant massivement chuter les cours mondiaux. Mais, les entreprises pétrolières doivent faire face à une autre difficulté, nées pour elles d'un monde en lutte contre le réchauffement climatique.

Car qui dit lutte contre le réchauffement climatique dit moins de pétrole, mais aussi moins de charbon, moins de voitures. Et d'énormes problèmes pour toutes ces entreprises qui verraient leur raison d'être disparaître progressivement. Ces entreprises menacées par la lutte contre le réchauffement climatique sont l'objet de cette émission. Les économistes leur ont donné un nom mystérieux qu'ils nous expliqueront tout à l'heure, ces entreprises menacées ce sont des actifs échoués. Quels sont les secteurs concernés, quelle est la nature et la gravité de la menace à laquelle ils font face et quel impact sur la stabilité de nos systèmes économiques et financiers ? Voilà les questions posées au fil de cette émission, avec trois invités :

  • Laurence Scialom est professeur d'économie à l'Université Paris X Nanterre. Elle est responsable du pôle «régulation financière» du Think Tank Terra Nova, membre de l'ONG Finance Watch et du Conseil Scientifique de la fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme. Elle appartient au conseil scientifique de l'Autorité Prudentielle de Contrôle et de Régulation, l'organisme qui supervise les banques et les compagnies d'assurance en France.  Son dernier livre est «La fascination de l'ogre». Il est publié aux Éditions Fayard.

  • Nicolas Berghmans est chercheur en politiques climatiques et énergétiques à l'IDDRI, un think tank indépendant qui travaille sur le développement durable et les relations internationales. Ses travaux portent sur l'intégration des énergies renouvelables au système électrique et la gouvernance des marchés de l'énergie.

  • Jérôme Deyris, économiste, prépare une thèse de doctorat consacrée aux actifs échoués. Le titre provisoire de cette thèse : «Les marchés financiers face aux actifs échoués».

 

En novembre dernier, la Banque du Canada s’est penchée sur les conséquences financières que pourraient avoir une sortie rapide de l’exploitation des énergies fossiles. Ce type de transition risque d’avoir de sérieuses répercussions dans ce pays, sixième producteur de pétrole au monde. L’étude de l’institution canadienne s’interroge donc sur les mesures publiques à prendre pour soutenir la restructuration à amorcer si certains actifs demeurent dans le sous-sol. Déjà, plusieurs investissements importants du secteur énergétique qui devaient démarrer sous peu n’auront pas lieu.

Reportage de Pascale Guéricolas

 

Parmi les industries qui pourraient être transformées par la lutte contre le changement climatique se trouve en première ligne l'industrie minière ...Comme tous les ans, l’Afrique du Sud organisait le mois dernier le « Mining Indaba », le grand rendez-vous du secteur pour le continent, dans la ville du Cap. Les professionnels s’inquiètent de voir les financements se réduire comme peau de chagrin, en particulier pour l’extraction de minerais peu compatibles avec la transition écologique, comme le charbon.

Reportage de Claire Bargelès

 

En Pologne, les mines et les centrales à charbon, héritées du communisme, produisent toujours les trois quart de l’énergie consommée dans le pays. Le chemin est encore très long pour se passer de cette énergie très polluante.

Reportage de Thomas Giraudeau