En Allemagne, une nouvelle page s'ouvre avec de nouveaux visages. Au pouvoir depuis 16 ans, les chrétiens-démocrates ont perdu aux dernières élections et le successeur d'Angela Merkel, Olaf Scholz, a choisi une femme pour présider le Parlement allemand pour ne pas avoir que des hommes aux manettes des principales institutions de la République fédérale. Le favori du SPD pour le poste s'est donc retiré, au profit d'une députée totalement méconnue du grand public : Bärbel Bas.

Dans sa veste rouge, Bärbel Bas, souriante, échange une ferme poignée de main avec son prédécesseur, le patriarche Wolfgang Schäuble, qui quitte la présidence du Bundestag à l’âge de 79 ans pour laisser la place à cette députée de 53 ans, peu médiatique, mais bien connue des parlementaires, qui ont validé à 80 % sa nomination. 

« Monsieur Schäuble, c’était vraiment l’homme d’expérience, avec un penchant pour la philosophie... Elle, elle veut du concret », prévient Nils Schmid, député social-démocrate comme elle, qui l’a côtoyée de près pendant 4 ans. Il met en avant son parcours : issue d’un milieu modeste au cœur du bassin industriel de la Ruhr, cette ancienne assistante de direction qui n’a pas de diplôme supérieur a su gravir les échelons du parti.  
Elle est une élue de terrain. Elle est bien implantée dans sa ville natale, Duisbourg, en pleine Ruhr. Elle a aussi ce charme un peu particulier typique de cette région, un charme un peu acidulé, mais elle est très claire dans ses positions, droite dans ses bottes. Elle a une volonté très ferme, elle sait s’imposer, c’est pourquoi je pense qu’elle est une très bonne présidente du Bundestag.Moderniser l'image du Parlement
Députée depuis 12 ans, elle a notamment siégé dans la Commission de Santé et connaît très bien les rouages du Parlement. 

Dans son premier discours à l’Assemblée, elle s’est engagée à faire passer une réforme attendue du système électoral afin de faire baisser le nombre de parlementaires, mais aussi, à dépoussiérer l’institution. « Comme c’est une élue qui est très proche des gens, elle veut essayer de moderniser l’image que le Parlement donne. Essayer de trouver un langage plus proche des gens et de leur vécu quotidien, parce que souvent le langage qu’on emploie est assez technocratique », concède Nils Schmid.
Une nomination qui a quelque peu surpris
D’elle, on sait qu’elle aime jouer au football, faire de la moto, lire des romans policiers. Et qu’elle adore la currywurst (une saucisse assaisonnée de ketchup et de curry, ndlr). Mais jusqu’à maintenant, Bärbel Bas était plutôt dans l’ombre et sa nomination a quelque peu surpris : « On attendait le président actuel du groupe parlementaire du SPD, Rolf Mützenich, qui s’est effacé par féminisme probablement pour la vice-présidente du groupe Bärbel Bas », dit Paul Maurice, chercheur du Comité d’études des relations franco-allemandes à l’IFRI. 

« Le président de la République allemande, Frank-Walter Steinmeier, étant un homme, le futur chancelier également un homme, le SPD tenait à ce que ce soit une femme qui occupe le deuxième poste de l’État allemand, puisque comme c’est une démocratie parlementaire, la présidente du Bundestag a le deuxième rang dans l’ordre protocolaire », poursuit-il.
Compétente et porteuse d'un message politique
Une femme donc, compétente et porteuse d’un message politique, selon Paul Maurice. « Elle appartient à un sous-groupe parlementaire, à un rassemblement de députés sociaux-démocrates, qui appartiennent à l’aile gauche du parti. C’est peut-être un rééquilibrage étant donné que le futur chancelier appartient plutôt à l’aile droite et va gouverner avec une coalition dans laquelle intervient le FDP, le parti libéral », analyse le chercheur.

Bärbel Bas, la nouvelle présidente du Parlement allemand, aura en tout cas affaire presque exclusivement à des femmes puisque tous les partis ont élu une vice-présidente pour les représenter au Présidium. Sauf le FDP, le parti libéral.