Pour la troisième fois en sept mois, les électeurs bulgares se rendent aux urnes ce dimanche pour des élections législatives, mais aussi présidentielle. Candidat à sa succession, Roumen Radev apparaît favori même si son taux de popularité a chuté sur fond de crise politique et sanitaire sans précédent.

Aux commandes de son MiG-29, le général Roumen Raved effectue une série d’acrobaties périlleuses dans le ciel de Sofia lors d’une démonstration aérienne, sous les applaudissements du public. C’était en 2014, deux ans, avant son accession à la présidence de la Bulgarie. La vidéo de ses exploits aériens est devenue virale lors de la campagne électorale.

Cinq ans plus tard, en lice pour un nouveau mandat, l’ancien pilote de chasse, continue de cultiver une image d’homme fort. « C’est un général, un homme viril, catégorique dans ses opinions, nationaliste modéré. Il s’est forgé une image de chef », souligne Anna Krasteva, professeure de sociologie politique à la Nouvelle université bulgare.
Opération séduction 
À 58 ans, l’ancien militaire « souhaite montrer qu’il est en parfaite forme physique à la différence d’autres candidats », poursuit l’experte. Le mois dernier, au cours d’une visite dans un complexe sportif de Sofia, le chef de l’État, en chemise blanche, a fait 50 pompes devant les caméras.

Novice en politique avant la campagne présidentielle de 2016, il se révèle tacticien et gagne les sympathies d’un électorat qui s’étend bien au-delà du parti socialiste. Pour ce scrutin, il se présente en candidat indépendant, mais il ratisse large. « Formellement, il a toujours le soutien du Parti socialiste, mais il est plus ambitieux », explique le politologue Antony Galabov.

Le chef de l’État sortant, dont les pouvoirs ont été accrus à la faveur de la crise politique qui s’éternise, entend bien se constituer des soutiens dans le prochain Parlement. Il est soutenu aussi par le parti du chanteur et comique Slavi Trifonov, Il y a un tel peuple, mais aussi par une nouvelle coalition, qu’il a plus ou moins inspirée, On poursuit le changement.

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Ce nouveau parti a été créé par Kiril Petkov et Assen Vassilev, deux entrepreneurs quadragénaires diplômés d'Harvard ayant pour toute expérience politique quelques mois au sein d'un gouvernement intérimaire, où ils ont occupé les portefeuilles de l’Économie et des Finances avant de démissionner pour se lancer dans la campagne des législatives. Comme ces deux ex-ministres, Roumen Radev entend toujours séduire les électeurs qui sont contre l’ancien chef du gouvernement conservateur Boïko Borissov, son ennemi juré.
Radev cherche à rassurer son peuple
À l’été 2020, le président bulgare avait apporté son soutien aux manifestants descendus en masse dans la rue pour protester contre la corruption du gouvernement dominé par le parti Gerb. Ce sont d’ailleurs les perquisitions au sein de la présidence, perçues comme un abus de pouvoir, qui ont déclenché le vent de contestation.

Si Boïko Borissov reste son principal rival, il n’hésite pas, par moment, à adopter les mêmes postures, rappelle Anna Krasteva. « Sur la question de la République de Macédoine du Nord, par exemple, il n’a pas cherché à changer la politique restrictive du Gerb, qui au début, soutenait l’élargissement de tous les Balkans occidentaux, puis a fini par bloquer l’adhésion de la Macédoine du Nord. Roumen Radev s’est lui aussi installé dans cette niche qui correspond à l’opinion publique, telle qu’elle a été forgée largement par le gouvernement de coalition du Gerb avec les nationalistes », note la sociologue.
Un président pro-russe
Diplômé de la prestigieuse Université de la guerre aérienne de la base militaire de Maxwell aux États-Unis, Roumen Radev parle couramment l’anglais. Il maîtrise également l’allemand et le russe. Et même si l’ancien commandant des forces aériennes de Bulgarie ne compte pas remettre en question l’orientation euro-atlantique de son pays, il plaide pour de bonnes relations avec la Russie, se voyant qualifié de « général rouge » par ses détracteurs. Interrogé régulièrement sur sa proximité avec Moscou, Roumen Radev explique, comme lors d’une rencontre avec des étudiants à l’université d’Oxford en 2018 que « la Bulgarie est membre de l’Otan et membre de l’Union européenne. Mais le pays doit aussi défendre ses intérêts nationaux (...) des intérêts très variés, non seulement sécuritaires, mais aussi économiques et énergétiques ».

Dans un pays largement dépendant du gaz russe, Roumen Radev a souvent été critiqué pour ses positions perçues comme pro-russes, ce qui lui vaut un certain isolement parmi ses homologues européens, selon Antony Galabov. Durant la précédente campagne, il avait effectivement appelé à la levée des sanctions internationales contre Moscou. Tout en reconnaissant que l’annexion de la Crimée constituait une violation de la loi internationale, il avait aussi estimé que c’était une « réalité dont il valait mieux tenir compte ».

Le scrutin de ce dimanche se déroule à un moment où la Bulgarie est submergée par la quatrième vague de la pandémie de Covid-19. Dépassé, le pays qui déplore le plus grand nombre de décès au monde par rapport à la population après le Pérou, a fait appel cette semaine à l'aide européenne. Or, « pour la plupart des citoyens bulgares, c’est, de fait, Rouman Radev qui dirige », en l’absence d’un gouvernement stable.

Mais si son taux de popularité s’est un peu érodé, dans ce contexte de crise politique et sanitaire, le chef de l’État sortant est donné largement favori. Les derniers sondages lui accordaient une avance de 20 points. Mais il ne devrait pas échapper à un second tour.