Les combats ont repris depuis le 27 septembre dans la région du Haut-Karabakh, une enclave qui a fait sécession de l'Azerbaïdjan dans les années 1990. Aujourd'hui, l'Azerbaïdjan assure avoir reconquis des territoires au cours des derniers combats. Portrait de son président, Ilham Aliev.

« Mes chers compatriotes, la victorieuse armée azerbaïdjanaise remporte de nouvelles victoires sur le champ de bataille. Ces victoires font le bonheur de chaque citoyen azerbaïdjanais. L'ennemi est impuissant devant nous. Le Karabakh est à nous. Vive l'Azerbaïdjan ! »

En quelques semaines, Ilham Aliev s’est transformé en un véritable chef de guerre depuis la reprise des combats avec l'Arménie. Aujourd’hui, il veut reprendre le territoire du Haut-Karabakh qu'il estime appartenir à l'Azerbaïdjan. Pour Paul Stronski, spécialiste de l’Eurasie à la Fondation Carnegie, c'est pour Ilham Aliev une manière de reconquérir son peuple. « Je pense qu’aujourd’hui, beaucoup de gens le soutiennent, car l’Azerbaïdjan se débrouille assez bien dans ce récent conflit du Haut-Karabakh, estime-t-il. Mais dans les mois précédant les combats, il n’était pas si populaire. On a vu une montée d’insatisfaction avec le pouvoir. Il y a eu beaucoup d’argent et de richesse perdue à cause de la corruption. Et à cause de la baisse des prix du pétrole ces dernières années, il y a moins d’argent pour aider la population. En plus, le gouvernement a eu beaucoup de mal à gérer la crise du coronavirus, socialement et économiquement. »

L’Azerbaïdjan est un petit pays du Caucase riche en hydrocarbures et sous le contrôle de la même famille depuis plusieurs décennies. Le père d’Ilham Aliev, Heydar Aliev, ancien général du KGB soviétique depuis les années 1960, en était devenu le président en 1993. Il a dirigé le pays d’une main de fer avant de passer le flambeau à son fils quelques semaines avant de mourir en 2003. Un héritage lourd à porter pour Ilham Aliev, comme l'explique Thorniké Gordadzé, spécialiste de la région du Caucase. « C’est quelqu’un qui, lorsqu’il est arrivé au pouvoir, était à l’ombre de son père, rappelle-t-il. Son père était considéré comme le père fondateur du pays. Et Ilham Aliev n’arrivait pas à porter ce poids sur ses épaules. Petit à petit, il s’est émancipé. Et on voit aujourd’hui qu’il se transforme comme un dirigeant puissant qui contrôle tout le pays et qui a réussi à briser l’opposition. »

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En 17 ans de règne, Ilham Aliev a taillé les institutions à sa mesure. Il a supprimé la limite des mandats présidentiels. Puis il a étendu le mandat de cinq à sept ans. À chaque élection présidentielle, il est réélu avec des scores soviétiques. Le plus bas était de 85% en 2013. L'opposition et les observateurs indépendants dénoncent à chaque fois des fraudes massives.

En 2017, il a fait de sa femme, Mehriban, la première vice-présidente du pays. Il a aussi ouvert la voie à une possible transmission du pouvoir à son fils Heydar, aujourd'hui âgé de 23 ans. La dynastie Aliev se partage le pouvoir et une fortune colossale estimée à plusieurs milliards d'euros. De l'argent qui permettait au pouvoir de nouer de belles amitiés avec les représentants de puissances étrangères. Cadeaux, investissements, voyages, autant de gestes pour s’attirer la sympathie des acteurs internationaux. Une stratégie appelée la « diplomatie du caviar ».

Alors que les indicateurs sur la liberté d'expression et de corruption sont au plus bas, rares sont les dirigeants étrangers qui s'en étonnent. Mais selon Gaidz Minassian, spécialiste de la région du Caucase, l'Azerbaïdjan a encore trop d'influence dans la région : « L’Azerbaïdjan est le poumon économique de la région avec son gaz et son pétrole. Grâce à sa rente pétrolière et gazière, il a un arsenal militaire conséquent. Et il doit jouer sur différents fronts et il le fait très bien, mais à quel prix ? »

En habile tacticien, Ilham Aliev a su utiliser toutes ses cartes : sa proximité avec Moscou, sa proximité avec Ankara et le gaz naturel, si cher à l'Europe. Et la dynastie Aliev compte bien continuer à profiter de ses atouts.