Cette semaine se déroulait dans la ville balnéaire de Brighton en Angleterre, le Congrès annuel du parti travailliste. Un parti miné par des querelles internes, qui a subi des revers électoraux historiques ces dernières années, notamment en 2019 sous la direction du très à gauche Jeremy Corbyn. Depuis, le parti a à sa tête un chef de file plutôt méconnu du grand public : Keir Starmer, qui a profité de la grande messe du Labour pour s'affirmer et tracer sa ligne politique, en vue des prochaines élections de 2024. Il est notre Européen de la semaine, un portrait signé Carlotta Morteo.

Se démarquer du Premier ministre Boris Johnson, voilà l'un des premiers actes de Keir Starmer. Dans son discours d'une heure et demie, le leader d'opposition sort enfin de l'ombre.

Jugé austère, peu charismatique et inaudible face à un gouvernement conservateur pourtant très à la peine, Keir Starmer a bien fait, selon Steven Fielding, chercheur politologue à l'Université de Nottingham, de mettre en lumière son parcours personnel.

« Beaucoup de gens au Royaume-Uni ne savent pas vraiment qui est Sir Keir Starmer, ils ont même l'impression qu'il est "bon chic bon genre" puisqu'il est avocat et qu'il a reçu le titre de "chevalier". Mais en fait, ils ne savent pas qu'il vient d'un milieu modeste, que son père était ouvrier d'usine et sa mère infirmière, et c'est important qu'il ait mis en avant ces détails biographiques parce que ça permet à ceux qui votaient historiquement pour le parti travailliste (les classes populaires) de s'associer à lui, alors qu'ils s'étaient détournés du Labour aux élections de 2019. »

À la tête d'un parti qui s'entredéchire sur l'héritage de son prédécesseur, Jérémy Corbyn, Keir Starmer s'est surtout employé depuis un an et demi à mettre fin aux scandales d'antisémitisme qui ont secoué le parti en interne, et sérieusement écorné son image. Benedict Rickey, militant très actif du Labour avait d'ailleurs fini par prendre ses distances avec les travaillistes ces dernières années.

« Il essaye de faire le ménage des éléments les plus problématiques, antisémites, liés à Corbyn... et en même temps, il ne peut pas se mettre tout le mouvement Momentum à dos. »

Momentum, c'est ce mouvement très à gauche, inspiré par la campagne de Bernie Sanders aux États-Unis, qui s'est constitué en 2015 autour de Jeremy Corbyn et qui a attiré des dizaines de milliers de nouveaux adhérents : des électeurs plus jeunes, urbains, issus de la diversité et pro-européens.

Keir Starmer a résolument mis la barre au centre.

Travail, famille, sécurité, il n'a pas hésité à s'approprier des thèmes plutôt de droite, qui avaient marché pour Tony Blair en son temps.

Une mise à distance claire et nette avec l'aile gauche, qui n'a en rien été convaincue par la première grande allocution publique de Keir Starmer... Sonali Battasharrya est secrétaire nationale de Momentum.

« Le discours a identifié beaucoup de problèmes que nous connaissons déjà, mais il n'a proposé aucune solution claire pour les résoudre. On n'a pas besoin de mieux connaître M. Keir Starmer, mais de proposer un programme face aux conservateurs, pour s'attaquer aux grandes inégalités sociales. Si Keir Starmer ne nous entend pas, on va construire un leadership depuis la base. On ne va pas attendre sa permission pour fédérer du soutien dans le pays. On n'a pas de temps à perdre. »

D’ici à la prochaine élection générale au printemps 2023, Keir Starmer va devoir réconcilier le plus grand parti d'Europe et remobiliser ses électeurs, pour espérer remettre le Labour aux affaires.