Sa mort a provoqué une vague d’émotion bien au-delà de la Biélorussie. Roman Bondanrenko, âgé de 31 ans, a été tué la semaine dernière à Minsk. Ce jeune artiste peintre qui prenait part au mouvement de contestation qui secoue le pays depuis la réélection controversée d’Alexandre Loukachenko, le 9 août dernier, a été violemment pris à partie dans son quartier par des défenseurs du régime. Arrêté puis emmené au poste, il a finalement été hospitalisé dans un état grave avant de mourir quelques heures plus tard.

« Je sors ». Ce sont les derniers mots écrits par Roman Bondarenko sur sa messagerie Telegram, avant de partir de chez lui pour gagner la place des Changements toute proche, où il se fera molester par des hommes cagoulés. Dans les heures qui ont suivi l’annonce de sa disparition, des milliers de personnes sont venues déposer des fleurs et allumer des bougies.

Sergiy Melyanets a composé un poème, accroché sur ce mémorial improvisé, qui finira par être détruit sur ordre des autorités : « C’est un énorme malheur qui s’est abattu sur nous. Parce que ça n’était pas un inconnu. C’était notre voisin, un homme qui n’a pas eu peur de sortir. Alors qu’on sait tous que dès qu’on prend la décision de sortir, on peut ne pas rentrer. Quand j’ai appris sa mort, ça a été comme un coup sur la tête. Je me suis dit que je ne pouvais pas souffrir en silence ou pleurer, mais qu’il fallait que je m’exprime. J’ai écrit ce poème où Romane parle avec sa maman et où il lui demande pardon de n’avoir pas eu le temps de lui dire au revoir. »

À 31 ans, Roman Bondarenko était directeur d’un magasin, un poste qu’il occupait en attendant de pouvoir vivre de son art. Ce diplômé d’architecture, qui avait fait son service militaire au sein des Forces spéciales, avait une passion pour la peinture. Sur la place des Changements, il organisait des sessions de dessin avec les enfants du quartier. Il participait aussi à la protection d’une peinture murale représentants deux DJs et des rubans blanc-rouge-blanc accrochés aux grilles. C’est lors d’une énième opération de nettoyage de ces symboles de la contestation par des hommes cagoulés, que Roman a été violenté. Très affectée, sa cousine Olga a publié une vidéo sur Internet : « Je tourne cette vidéo pour qu’un grand nombre de personnes sachent ce qui se passe dans ce pays, qu’elles sachent que les gens sont absolument sans défense. J’espère vraiment qu’une enquête judiciaire sera ouverte. J’espère vraiment que la justice triomphera et que ceux qui lui ont fait ça seront punis selon la loi. »

Sur des vidéos tournées par des témoins, des hommes cagoulés s’en prennent à Roman, qui n’avait pas montré de signe d’agressivité, avant de l’embarquer dans un mini van aux vitres teintées. Les médias biélorusses ont identifié deux des agresseurs. Les précisions du politologue Valéri Karabalevitch : « Il s’agit d’un certain Baskov, qui n’est autre que le président de la fédération biélorusse de hockey et un autre sportif, Shakouta, champion du monde de boxe thaï et de kickboxing. Ce sont des gens qui ne font pas partie des forces de l’ordre mais ils agissent sous leur contrôle et avec leur aide. Ils viennent faire la loi dans les cours d’immeuble, où ils enlèvent les drapeaux blanc-rouge-blanc, ils nettoient les graffitis hostiles au pouvoir. Tous ceux qui leur opposent de la résistance, ils les violentent et les emmènent au poste de police, comme ça s’est produit avec Romane Bondarenko. »

Le président biélorusse s’est exprimé sur l’affaire, appelant à ce que toute la lumière soit faite. Mais bien peu de personnes pensent que justice sera rendue. Valéri Karabalevitch : « Depuis le début, le président Loukachenko et le Comité d’enquête ont commencé à mentir en disant qu’il était saoul, alors qu’il a été prouvé qu’il n’était pas alcoolisé. Le pouvoir n’a pas l’intention de mener l’enquête à son terme et cela signifie que le gouvernement donne carte blanche aux violences envers les manifestants et même aux meurtres. »

Jeudi soir, la journaliste du site internet tut.by, Katerina Borissevitch, qui a publié des informations médicales qui réfutaient la thèse d’une alcoolisation, et un médecin de l’hôpital où Roman a été admis, dans le coma, ont été interpellés. Accusés de divulgation de secret médical, ils risquent jusqu’à trois ans de prison.