Alors qu’elle célébrait, le 11 avril 2021, le centième anniversaire de sa fondation, la Jordanie est généralement l’un des pays du Moyen-Orient les moins placés sous les feux de la rampe, en sa qualité sans doute d’oasis de stabilité et de sécurité. Une économie stagnante même avant la pandémie, qui s’est contractée de 5% l’an dernier (2020) alors que le chômage touchait 25% de la population et jusqu’à 48% des Jordaniens âgés entre 20 et 24 ans. Les guerres dans les pays voisins que sont la Syrie et l’Irak ont particulièrement affecté le pays, lequel de petite taille est dépourvu de richesses en son sous-sol.

Peu de pétrole ou de gaz, pas beaucoup d’eau pour ce territoire coincé entre Israël, la Syrie, l’Irak et l’Arabie Saoudite. Amman n’en sait pas moins tirer profit de sa localisation stratégique et de sa politique étrangère docile pour s’attirer l’aide de ses alliés : Pays du Golfe et États-Unis. Mais cette aide s’assèche. En 2011, la Jordanie recevait 5 milliards de dollars d’aide de la part des États du Golfe. Elle n’en recevait plus que la moitié en 2018. Les Jordaniens sont décrits comme ayant perdu confiance dans leurs leaders qui sont vus comme corrompus et incompétents. Récemment, l’image d’unité cultivée par la famille royale s’est trouvée écornée par des dissensions révélées au grand jour avec l’annonce de l’assignation à résidence du Prince Hamza Ben Hussein le demi-frère du roi Abdallah II, mis à l’écart du trône en 1999. Le Prince Hamza est mis en cause ainsi que deux personnalités proches de l’Arabie Saoudite dans une tentative de déstabilisation du royaume, en collaboration avec une puissance étrangère non identifiée. Regard sur la scène politique jordanienne et la place de la Jordanie dans un Moyen-Orient en pleine recomposition. 

Invités : 

- Agnès Levallois, maîtresse de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique et vice-présidente de l’IREMMO

- Hana Jaber, directrice scientifique de la Fondation Lokman Slim et chercheuse associée à la Chaire Histoire du monde arabe contemporain

- Marc Lavergne, géopolitologue, directeur de recherche au CNRS.