Limitation du nombre des partis politiques autorisés, respect de la Constitution, plus de considération pour les opposants… Autant de transformations radicales et d’habitudes nouvelles, pour remettre les nations africaines sur  les rails et des bases saines, en cette année 2021.

Andréane Meslard : Quelques idées, alors que nous entrons dans la saison des vœux. Pour l’Afrique, tous appréhendent, dans les prochains mois, les conséquences économiques de la difficile année 2020 que vient de vivre la planète. Mais, au-delà de ces mauvaises nouvelles incontournables, que peut-on souhaiter de bien à ce continent, pour 2021 ?

Nous laisserons de côté, si vous le permettez, la litanie des rêves en couleur, que l’on répand habituellement en début d’année, sans se soucier de savoir, au 31 décembre, s’ils se sont plus ou moins concrétisés. La plupart des nations du continent entament la septième décennie de leur accession à la souveraineté internationale, et le moment est peut-être venu de s’interroger sur la persistance de certaines lacunes, qui finissent par constituer autant de tares, contrariant l’évolution des nations.

La prospérité économique est toujours plus durable, lorsqu’elle a pour terreau un environnement politique sain. Même là où les bases d’une économie prospère ont été établies à la faveur de ce que certains appellent « un pouvoir fort », il a fallu, ensuite, passer à l’assainissement de l’environnement politique, pour assurer la pérennité de ces acquis. Beaucoup citent souvent en exemple les dragons et autres tigres d’Asie. Mais, en Afrique, le Botswana et le Ghana aussi peuvent correspondre à cette définition, même si, en la matière, aucune position n’est jamais définitivement acquise.

Pour aider à créer ce terreau favorable à un développement économique durable, quelles transformations politiques s’imposent concrètement, durant cette septième décennie ?

Il est temps de s’assurer que les échéances électorales ne se transforment systématiquement en tensions politiques, avec, à la clé, des morts et des contentieux sans fin, ce qui est la marque de ceux qui ont un rapport confiscatoire au pouvoir. L’on ne devrait pas s’étonner de voir les élections toujours donner lieu à des troubles et à de la violence dans certains Etats, et jamais dans certains autres. Pas plus que l’on ne devrait s’étonner de voir certains réviser la Constitution, pour en tirer un bénéfice personnel, au mépris des citoyens qui meurent par dizaines, voire par centaines.

Par ailleurs, l’on ne peut espérer bâtir de véritables nations, avec un nombre infini de partis politiques, où chaque dirigeant rassemble en priorité les membres de sa région, sinon de son groupe ethnique. Dans certains pays, l’on impose deux grands partis politiques, ce qui oblige les leaders et les militants à imaginer d’autres critères que l’appartenance ethnique pour adhérer à une formation.

Ainsi, sur le papier, le Nigeria, avec un peu moins de 200 millions d’habitants, compte, certes, une douzaine de formations politiques, mais seuls deux dominent véritablement la scène. Autant dire que si les Yoruba, les Igbo, les Haoussa et autres Foulani veulent compter, ils sont bien obligés de se mettre ensemble. Les critères d’appartenance à un parti politique intègrent alors d’autres considérations que le groupe dont on est issu. Ainsi, les uns et les autres apprennent à travailler ensemble, en général, d’abord pour la patrie, puis, éventuellement, pour l’ethnie…

Quelle place, alors, pour les opposants ?

Le respect des opposants est primordial, d’autant qu’un homme ou une femme de pouvoir, aujourd’hui, a été ou deviendra un jour opposant. Et nombre d’opposants d’aujourd’hui ont vocation à finir, un jour ou l’autre, au pouvoir, ou dans sa périphérie. Savoir respecter les opposants et leur assurer une certaine dignité est donc une façon de se respecter soi-même. L’idée qu’il faille affamer les opposants, pour qu’ils rendent les armes dans l’humiliation, est tout simplement rétrograde.