En Afrique, la tendance générale est à la limitation des mandats, qui passe par des élections transparentes, et rendent possible l’alternance. Cela exige « des institutions démocratiques fortes, pouvant fonctionner, quel que soit celui à qui le peuple choisit de confier son destin ».

Dans une interview, cette semaine sur France 24, le président nigérien, Mahamadou Issoufou, a confirmé qu'il quitterait bien le pouvoir, au terme de son second mandat, après la présidentielle de décembre prochain. Une annonce qui n'est pas nouvelle. Il avait déjà fait cette promesse à deux reprises, dans le passé. Pourquoi est-ce qu'il insiste autant sur le respect de la parole donnée ?

Au regard du spectacle qu’offre, en ce mois d’octobre, la sous-région, il est à craindre que les peuples doivent s’attendre à voir de plus en plus souvent leurs dirigeants chercher à modeler la Constitution, au gré de leurs envies, pour perdurer, ou pour s’installer dans une présidence à vie. Cet affligeant penchant guette tout particulièrement l’Afrique francophone, qui sombre peu à peu dans le scepticisme. D’où, sans doute, ce besoin, pour Mahamadou Issoufou, de préciser que ne pas briguer un troisième mandat fait partie des engagements qu’il a pris devant le peuple nigérien.

Et pour autant, il se refuse à pointer du doigt ses pairs qui briguent un troisième mandat…

Vous connaissez sans doute cette citation, que beaucoup prêtent à Eleanor Roosevelt, ancienne première dame des États-Unis : « Les grands esprits discutent des idées, les esprits moyens discutent des événements, et les petits esprits discutent des gens ». Parler des gens vous fait presque toujours courir le risque de commettre des erreurs, et même, parfois, de colporter… des inepties. Dire la vérité, sur ce continent, peut parfois vous valoir des attaques, y compris de bien basses, et Mahamadou Issoufou préfère sans doute s’en aller sous les applaudissements de son peuple et avec le respect des Africains, plutôt que de s’aliéner certains de ses pairs.

Pourquoi, alors, dit-il que chaque pays est un cas particulier ?

Il le dit par indulgence pour ceux qui cèdent à la tentation du troisième mandat. Car, en réalité, il n’y a pas, fondamentalement, de particularité distinguant les peuples du Niger de ceux de Côte d’Ivoire ou de Guinée, par exemple. La seule particularité est le rapport de chaque dirigeant à son serment initial : il y a ceux qui le respectent, et ceux qui, à l’approche de l’échéance ultime, trouvent le fauteuil si douillet qu’ils veulent s’y installer pour plus longtemps, sinon pour de bon.

La preuve : au Niger, justement, le président Tanja Mamadou, en 2009, avait cru devoir se libérer de son serment, en s’octroyant un troisième mandat ! Qu’il a, du reste, conquis par l’entêtement d’une campagne pour une soi-disant continuité, dite « Tazarché », avant d’être délogé du fauteuil, en février 2010, par un coup d’État militaire…

Les images d’Abidjan et de Conakry, ces dernières semaines, rappellent étrangement celles de Niamey, en 2009, et les protestations des Ivoiriens et des Guinéens, aujourd’hui, diffèrent à peine de celles des Nigériens, il y a onze ans.

Le président Issoufou se désolidarise, tout de même, du troisième mandat…

Oui. Mais, beaucoup auraient aimé qu’il condamnât, franchement ! Vous n’imaginez pas la tristesse d’un peuple seul, abandonné, face à des dirigeants parfois répressifs. Même si les peuples, pour s’en sortir, savent devoir d’abord compter sur eux-mêmes, au lieu d’appeler sans cesse à la rescousse une communauté internationale à l’oreille sélective.

Et lorsque Mahamadou Issoufou dit ne pas vouloir juger, il juge, justement ! D’autant qu’il précise que la tendance générale, en Afrique, est la limitation des mandats. Qui passe par des élections transparentes, et rendent possible l’alternance. Ce qui exige, dit-il, « des institutions démocratiques fortes, pouvant fonctionner, quel que soit celui à qui que le peuple choisit de confier son destin ».