Depuis qu'il a rendu au Blues sa tonalité africaine, le guitariste et chanteur camerounais Roland Tchakounté milite en musique pour une diffusion internationale de cet idiome ancestral, dont le message universel porte les valeurs de tolérance et d'écoute des grands orateurs d'antan. Cependant, bien que cette forme d'expression ait été popularisée par la communauté noire américaine au tournant du XXe siècle, les origines du Blues restent encore imprécises...
L'illustre Ali Farka Touré fut sûrement l'un des premiers à clamer haut et fort son attachement à la source africaine du Blues. Il osait même revendiquer la paternité d'un genre musical que les historiens avaient accordé à John Lee Hooker, Muddy Waters ou B.B King. Avait-il raison de bousculer les certitudes ? En écoutant «Nguémé & Smiling Blues», le nouvel album de Roland Tchakounté, il est légitime de s'interroger. L'enracinement africain du Blues semble une évidence. Pourquoi donc a-t-il été si longtemps le porte étendard des Afro-Américains ? Faut-il désormais faire table rase du passé ? Notre lecture du Blues est-elle datée, dépassée, stéréotypée ? 
Roland Tchakounté répond instinctivement à toutes ces questions. Son langage est inné, spontané, naturel. Il ne cherche pas la posture du bluesman, il est un bluesman. Son authenticité valide instantanément son statut d'artiste. Ses mots et ses notes respirent l'Afrique. Son discours est, de fait, nourri par un héritage imposant qui a traversé le temps, les continents, les océans. Lorsqu'il cite Nelson Mandela, Kwame Nkrumah, Thomas Sankara ou Cheikh Anta Diop, Roland Tchakounté perpétue, là encore, la tradition orale du Blues. Il ne politise pas son répertoire, il honore ses aînés.
 
Certes, il est plus aisé de se référer aux icônes légendaires du Blues pour donner du crédit à une œuvre sonore, mais le Blues est d'abord une aventure humaine qui charrie des émotions, des instants de vie, des blessures comme des moments de joie, c'est l'écho d'une destinée personnelle qu'elle soit modeste ou flamboyante, douloureuse ou enrichissante, glorieuse ou intime. Roland Tchakounté nous parle finalement de son épopée au cœur des musiques noires, avec la délicatesse et l'humilité des vrais bluesmen.
 
Le 1er octobre 2015, il dévoilera une part de sa vérité sur la scène du New Morning à Paris. Un instant de grâce et de communion qu'il serait dommage d'ignorer...
 
http://www.roland-tchakounte.com/