Depuis sa naissance aux États-Unis, le 27 mai 1950, la chanteuse Dee Dee Bridgewater n’a cessé de parcourir le monde pour porter la flamme d’un swing vivifiant, multiculturel et rayonnant. Chacun de ses albums raconte une histoire. Ce sont les étapes d’une vie transatlantique qui accompagne "L’épopée des Musiques Noires". Nous célébrons, cette semaine, 70 ans d’une aventure humaine qui mena Dee Dee Bridgewater de Memphis à Paris, de Bamako à La Nouvelle-Orléans, de Tokyo à Washington. Joyeux anniversaire Dee Dee !

Parmi les nombreux albums que Dee Dee Bridgewater fit paraître au fil des années, deux enregistrements restent vraiment chers à son cœur. Le premier parut en 1997. Il s’agissait d’une révérence à la légendaire Ella Fitzgerald. "Dear Ella" symbolisait le respect d’une artiste inspirée pour son illustre aînée. Chagrinée par la disparition et le peu d’hommages rendus à cette icône du jazz universel, Dee Dee Bridgewater avait réuni la crème des musiciens internationaux pour saluer dignement une reine de l’art vocal. Ray Brown, Lou Levy, Slide Hampton, Kenny Burrell, entre autres, accompagnaient alors en studio les mélodieuses ornementations scat d’une Dee Dee reconnaissante. 

L’autre moment clé de "L’épopée Dee Dee Bridgewater" eut lieu au Mali en 2006. En quête de ses racines africaines, Dee Dee eut le sentiment de retrouver à Bamako une part d’elle-même. Entourée de Cheick Tidiane Seck , Oumou Sangaré, Bassekou Kouyaté, Djelimady Tounkara, Ramata Diakité, notamment, elle sembla s’épanouir et se révéler sur la terre rouge de ses lointains ancêtres. "Red Earth" fut donc conçu aux studios Bogolan et devint l’un des disques emblématiques de son cheminement artistique. Il fut d’ailleurs nominé lors des fameux Grammy Awards 2007. 

Il serait injuste, cependant, de réduire la prestigieuse carrière de Dee Dee Bridgewater à ces deux productions fort réussies. C’est une riche discographie qui rythme, depuis les années 70, la destinée de cette exquise interprète du répertoire jazz. Souvenons-nous de son majestueux duo avec Ray Charles sur l’album "Victim of Love" en 1989 ou de ses clins d’œil appuyés à Billie Holiday et Horace Silver en 1995 et 2010. N’omettons pas non plus d’applaudir ses prestations toujours palpitantes dont certains échos nous sont restitués sur plusieurs albums épatants ("Live in Paris", "In Montreux", "Live at Yoshi’s"). Et félicitons-nous enfin d’avoir pu jouir de sa présence en France pendant 24 ans. Dee Dee Bridgewater fut très vite adoptée par le public français dans les années 80 et reste une personnalité choyée des deux côtés de l’Atlantique. 

Depuis sa résidence néo-orléanaise, Dee Dee Bridgewater a accepté de revenir pour nous sur quelques étapes de sa vie trépidante. Par téléphone, elle nous fait part de ses souvenirs, de ses espoirs, de ses envies et de ses enthousiasmes. À 70 ans, elle n’entend pas marquer le pas et n’a que faire de ce cap symbolique qui n’entame pas son élan et sa vitalité. Si la crise sanitaire et le confinement ont quelque peu modifié son quotidien, elle continue de s’investir corps et âme pour donner du bonheur à ses nombreux admirateurs. Lors de la récente "Journée Internationale du Jazz" organisée par l’Unesco, elle a tenu à participer à l’effort collectif en s’adressant, par réseaux sociaux interposés, à des enfants curieux de connaître l’histoire du jazz. Ce geste généreux résume à lui seul l’intention altruiste de cette figure éminente de "L’épopée des Musiques Noires". Happy Birthday Dee Dee !

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