Du 08 au 25 juillet, le « Marseille Jazz des Cinq Continents » a relevé le défi de maintenir une programmation de haute tenue malgré les contraintes sanitaires qu’impose une pandémie encore mal maîtrisée. Privés de l’édition 2020 qui devait célébrer les 20 ans du festival, les organisateurs ont mis les bouchées doubles pour offrir aux spectateurs toute la diversité des cultures mondiales. De Cuba à Haïti, de la Syrie aux Antilles, les couleurs sonores de la planète ont scintillé avec éclat pendant trois semaines dans la cité phocéenne.

Le bouquet final devait accueillir le groupe Kokoroko, un collectif de musiciens britanniques agités, bien décidés à illuminer les jardins du Palais Longchamp de Marseille grâce à un répertoire explosif pétri de jazz et d’afrobeat. Malheureusement, les restrictions de voyages liées à la crise sanitaire interdirent cette prestation tant espérée. C’est au pied levé que la chanteuse Cécile McLorin Salvant, accompagnée de son pianiste Sullivan Fortner, fit donc rayonner la dernière soirée du « Marseille Jazz des Cinq Continents » en choisissant de jouer avec les différentes facettes de sa culture métisse. Les chansons françaises côtoyaient le jazz de ses consœurs américaines. De Charles Trenet à Dianne Reeves, toutes les couleurs de son univers sonore jaillissaient avec grâce et agilité. Il faut dire que les racines caribéennes de la jeune interprète se conjuguent au pluriel. Née à Miami, de parents haïtiens et guadeloupéens, Cécile McLorin Salvant a en elle cette riche diversité patrimoniale qui scintille dans sa voix et dans ses œuvres. Nourrie de sources musicales très éclectiques, elle écoute avec la même gourmandise les musiques traditionnelles africaines et les pièces lyriques européennes étudiées durant sa jeunesse. Cette ouverture d’esprit et l’élasticité de sa voix lui ont valu, en 2010, la reconnaissance unanime du jury lors du concours international Thelonious Monk. Depuis, Cécile McLorin Salvant a reçu de nombreuses récompenses dont trois Grammy Awards. 

Son partenaire, le 25 juillet 2021 à Marseille, était le pianiste Sullivan Fortner. Originaire de La Nouvelle-Orleans, il partage avec Cécile McLorin Salvant ce goût pour les échanges multicolores. Sa ville natale est, certes, le berceau du jazz, mais surtout le carrefour des musiques afro-planétaires. Lui aussi se plaît à écouter indifféremment Léonard Bernstein, Giacomo Puccini, Whitney Houston ou Ellis Marsalis. Sa vision pluraliste de la musique a d’ailleurs conquis nombre de ses contemporains dont Paul Simon, John Scofield, Dee Dee Bridgewater, Christian Scott aTunde Adjuah ou encore le regretté Roy Hargrove. Ses prouesses mélodiques, aux côtés de Cécile McLorin Salvant, ravirent le public marseillais dont les applaudissements chaleureux enchantaient Hughes Kieffer, le directeur artistique du festival. 

Ce fut, en effet, une gageure d’organiser un tel rendez-vous alors que le risque viral était réel et pouvait tout chambouler. Pourtant, les musiciens ont joué le jeu, se sont adaptés, les spectateurs furent conciliants et la fête eut lieu. Sans trop déroger à la dimension internationale du festival, les organisateurs ont préservé l’esprit de liberté cosmopolite et peuvent se féliciter d’avoir réussi ce pari !

 

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