Le pianiste réunionnais Meddy Gerville a une mission à accomplir. Le Maloya est une tradition insulaire, à laquelle il ne peut échapper, à laquelle il ne veut échapper ! Il lui faut donc réinventer les codes et rites de cet héritage en les modelant à sa guise. 

Le jazz américain étant une force d’expression suffisamment malléable pour nourrir le Maloya de ses aînés, Meddy Gerville y puise sa force créative et imprime son identité hybride détonnante. « Mon Maloya » est un album étincelant, pétri d’influences ancestrales brillamment mises en relief.

Cet exercice de style n’est cependant pas un effort pour cet instrumentiste de talent qui, de longue date, conjugue plusieurs vocabulaires musicaux avec aisance et naturel. Déjà en 1997, lorsqu’il fit paraître son premier album, « Réunion Island », l’intention métisse était palpable et annonciatrice d’une indéniable ouverture d’esprit.

Deux décennies plus tard, sa volonté de faire tomber les barrières culturelles s’est affirmée et « Mon Maloya » magnifie aujourd’hui ce désir de partage au-delà des réflexes patrimoniaux. Certes, préserver les racines de sa terre natale est une exigence, mais les irriguer d’autres sources est un gage d’universalité. Meddy Gerville l’a compris depuis très longtemps et s’emploie à provoquer les rencontres.

En compagnie de Louis Winsberg, Nicolas Folmer, Linley Marthe, Lionel Loueke, Randy Brecker, Karim Ziad, Michel Alibo et quelques autres virtuoses, il a multiplié au fil des années les projets audacieux et a réuni autour de lui une famille de musiciens émérites venus d’horizons très divers.

Il est toujours possible de s’interroger sur cette propension à vouloir défier le repli sur soi en lui opposant l’impérieuse nécessité de consolider les valeurs d’antan mais la fusion n’est pas le mélange des genres. C’est au contraire prouver que de fortes attaches permettent toutes les expériences. La maîtrise d’un art passe par la compréhension de son histoire et de son évolution. Il devient alors impossible d’altérer la sève originelle. Elle se nourrira nécessairement des différents apports harmoniques et rythmiques rencontrés en chemin.

C’est le vœu de Meddy Gerville qui démontre dans ce 10e album combien la musicalité des mots et des notes peut susciter l’échange et la camaraderie. Cette complicité perceptible entre les différents protagonistes de ce projet n’est pas feinte. Elle révèle le pouvoir spirituel de la musique sur nos émotions, notre réflexion et notre attitude.

Écouter « Mon Maloya » est déjà un engagement personnel. C’est accepter la diversité de nos origines, la revendiquer et croire aux bienfaits d’un dialogue apaisé, exempt de tout prosélytisme culturel. Gageons que cette intention sera comprise et encensée par tous ceux qui se laisseront séduire par les délicates mélodies de ce lumineux répertoire.