Mardi Politique reçoit Kahina Bahloul, islamologue et première femme imam de France. Kahina Bahloul est interrogée par Frédéric Rivière (RFI) et Roselyne Febvre (France 24).

 « Certains pensent qu’être réformiste veut dire qu’on essaye de changer l’islam alors que non. Il s’agit surtout de revenir à la lecture des textes fondateurs en mettant de côté toutes les strates d’herméneutique qui ont été construites pendant des siècles et des siècles. Et parfois, ça crée une opacité qui fait qu’on ne comprend plus ce que les textes fondateurs voulaient vraiment dire », estime l'imam.

« Je peux comprendre les musulmans qui vivent leur religion de manière paisible, qui sont intégrés dans la société française et qui sont pour des valeurs de paix et de liberté et qui disent que ça n’a rien à voir avec l’islam », ajoute-t-elle. Mais elle précise: « Ceci dit, quand on connait bien l’évolution de la pensée musulmane, quand on sait quelles sont les origines du wahabisme, du salafisme aujourd’hui, on sait qu’il y a eu dans le développement de la pensée musulmane, certains courants qui malheureusement se sont développés dans le rejet de l’altérité, dans le rejet de la diversité religieuse, dans le rejet de la liberté de la femme par exemple. Malheureusement, ça fait quand même partie de l’islam et je crois qu’aujourd’hui, le temps est vraiment venu pour les intellectuels musulmans, les penseurs, les théologiens, les islamologues, de faire ce travail d’éclairage et de proposer une nouvelle lecture des textes. » 

A propos de la caricature, elle estime qu'il est normal « qu’elle fasse partie de l’exercice médiatique, de la liberté de conscience. Et d’ailleurs, ajoute-t-elle, dans la tradition, dans la pensée musulmane, on trouve cette tradition de caricaturer. Il a existé un grand ouvrage qui est l’ancêtre des Fables de La Fontaine. Cet ouvrage met les hommes politiques sous des traits d’animaux pour leur faire passer des messages et dire ce qui ne va pas. Ça a donc toujours existé dans la tradition musulmane. » Et elle conclut:  « Aujourd’hui, ce qui est important de rappeler, c’est le rôle de la caricature. Il faut l’expliquer à nos enfants pour qu’ils puissent avoir cette distance et savoir que la caricature n’est pas là pour humilier le prophète que j’aime. »

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