Nous recevons l’artiste américaine Natalia M King pour la sortie de son nouvel album Woman Mind Of My Own et Elliott Murphy, le plus Français des Américains, en duo dans cet album sur le titre Pink Houses de John Mellencamp. Ils sont nos invités dans la #SessionLive ainsi que 2 journalistes qui ont accepté de les présenter : Francis Dordor et Laurent Bachet.

 

Portrait de Natalia M King par Francis Dordor.

Née à New York à la fin des années 60, Natalia Maria King a grandi à Brooklyn, au sein d’une famille monoparentale. Sa mère, d’origine dominicaine, travaille comme femme de service dans une cantine scolaire. Dans les années 70 et 80, New York est un formidable creuset et les oreilles de Natalia sont sollicitées par un large éventail de musique : rock, disco, soul, salsa, rap. Mais pour autant, peut-on parler d’influences, s’agissant d’une artiste qui va longtemps s’ingénier à effacer toute appartenance, chercher à rompre avec tout ce qui lui a précédé, pour inventer son propre langage, son propre son, trouver sa propre vérité.

Sa vie est ainsi faite de nombreuses ruptures. La première intervient à l’Université de Rochester où elle se consacre à la pensée du philosophe John de Salisbury, un humaniste du Moyen-Âge à qui l’on doit cette citation : "Nous sommes des nains, assis sur des épaules de géants".

Si étudier la philo la sort de son milieu d’origine, lui permet d’en savoir un peu plus sur elle-même et sur sa place dans ce monde, elle n’entend pas rester assise longtemps, fut-ce sur les épaules d’un géant. Dans une tradition qui doit autant à Arthur Rimbaud qu’aux auteurs beatniks, elle prend alors la route, traverse les États-Unis d’Est en Ouest, à bord de bus, cumulant en chemin les boulots alimentaires, elle fait la plonge dans les restaurants, livre des pizzas, vidange des moteurs et profite de ses moments perdus pour remplir un carnet de bribes de poésie, prémices de ses chansons. Après avoir trimé à bord d’un chalutier au large de l’Alaska, elle prend la direction de la Californie où elle devient chauffeur de taxi à Long Beach. C’est en Californie qu’elle découvre vraiment la musique, Jimi Hendrix, Janis Joplin, les Doors, ce qui lui fera dire "Je ne crois pas au conflit entre générations".

On la retrouve en 1998 à Paris, ville qui avait été un refuge pour de nombreux artistes noirs américains dont Miles Davis et Archie Shepp, qui n’étaient plus tenus de prendre l’entrée de service pour accéder à une salle. À partir de là, elle brûle les étapes, et des couloirs de métro où elle chante s’accompagnant à la guitare pour quelques pièces, se retrouve en 1ère partie de Diana Krall sur la scène de l’Olympia.

Son 1er album album Milagro en 2001 est sans équivalent pour l’époque. Ayant conservé l’esprit du rock le plus sauvage, tout en s’affranchissant de la forme, son free rock ne doit rien à personne, sinon à elle-même et à son caractère indomptable. Suivront 2 autres œuvres aussi radicales "Furyandsound" et "Flesh Is Speaking". Trop radicales peut-être. Toujours est-il que lasse de creuser le même sillon alternatif, elle décide de retourner aux États-Unis et enchaîne à nouveau les jobs alimentaires. Il faut croire que seules les véritables étoiles méritent de réapparaître après éclipse, car de retour en France après quelques années, Natalia reviendra à la musique avec Soulblazz et Bluezzin T’il Dawn. Et celle qui ne croit pas au conflit entre générations, se glisse naturellement dans les pas de 2 immenses chanteuses, Nina Simone et Billie Holiday.

 

Cette nouvelle rupture annonce son dernier recueil Woman Mind Of My Own qui est à la fois un hommage à quelques grands noms du blues et de la soul comme Robert Johnson ou Aretha Franklin, mais aussi une célébration de ce qu’elle est au plus profond d’elle-même, une femme libre qui revendique sa sexualité, une artiste qui a vécu le blues avant de le chanter.

 

Puis nous recevons Elliott Murphy, portrait signé Laurent Bachet.

 

Alors question : est-ce Elliott Murphy qui a choisi la France, ou est-ce la France qui a choisi Elliott Murphy ? En tout cas, il habite à Paris depuis 32 ans et personne ne s’en plaint, bien au contraire.

La 1ère fois qu’il a joué ici, c’était au Palace en 1979, où il a obtenu 6 rappels. Il s’est dit : "Tiens ici, on m’aime bien". Enfin il se l’est dit en anglais de New York, car à l’époque, il ne parlait pas encore parfaitement le français.

Bien sûr, il est déjà apprécié des grandes plumes de la presse spécialisée et d’une cohorte de fans dévoués qui, depuis la parution de son 1er album en 73, adore l’univers poétique et urbain de ce rockeur cultivé, dandy passionné et élégant.

Aux États-Unis, Elliott Murphy est donc un artiste culte qui lui-même admire Elvis Presley, les Rolling Stones, Bob Dylan, Muddy Waters, Otis Redding et son ami Lou Reed. Avec cette culture et ce savoir-faire, même si vous êtes un excellent showman, il n’est pas toujours évident de s’imposer, surtout si on vous compare à d’autres artistes qui émergent au même moment que vous comme David Bowie ou Bruce Springsteen, un autre de ses amis, car oui Elliott a beaucoup d’amis.

 

Alors il tente le voyage, l’aventure, l’exil peut-être. L’été 89, il atterrit à Paris avec sa guitare, son harmonica et s’installe à la Bastille. Ce jour-là, les jets de la Patrouille de France paradent dans le ciel, laissant de grandes traînées multicolores, sans compter les 2 immenses défilés sur les Champs-Elysées. Dans les rues on chante, on danse, on fait la fête. Très naturellement, Elliott Murphy prend tout cela comme des signes de bienvenue à son égard. Or, nous étions le 14 juillet 1989 et la France célébrait en grande pompe le bicentenaire de la Révolution Française. Immédiatement adopté par la population locale, Eliott Murphy a trouvé ici son refuge et depuis il rayonne dans toute l’Europe avec une moyenne d’une centaine de concerts par an.

Il sait écrire des chansons qui deviennent des classiques, il sait se tenir sur une scène, et il sait s’entourer de musiciens fidèles et talentueux comme Melissa Cox et Olivier Durand ici présents. En revanche, Elliott Murphy ne sait pas donner de mauvais concerts. Entre folk, blues et rock, il propose des voyages intenses qui ne ressemblent à aucun autre. Et comme ce troubadour est plutôt du genre hyperactif, entre 2 concerts et 2 albums, il écrit des articles, des beaux romans et il lui arrive même de faire l’acteur dans des films. Car Elliott Murphy a aussi un sacré look : couvre-chef stylé en toute saison, foulard de corsaire, boots pointus façon Beatles, le tout mettant en valeur une silhouette ô combien affûtée.

 

Car depuis qu’il habite près des théâtres à l’italienne sur les grands boulevards à Paris, il a aussi acquis un truc un peu particulier et assez français : le panache ! La classe américaine, il l’avait déjà.

 

Morceaux interprétés à RFI lors de la #SessionLive

- Woman Mind Of My Own (Natalia M King)

  • A Touch Of Kindness (Elliott Murphy)

  • Forget Yourself (Natalia M King)

  • On Elvis Presley's Birthday (Elliott Murphy)

Et le duo sur Pink Houses (Natalia & Elliott) de John Mellencamp.

 

 

Musiciens

  • Elliott Murphy, guitare, voix

  • Olivier Durand, guitare, choeur

  • Melissa Cox, violon.

  • Natalia M King, voix, guitare

  • Ludovic Bruni, guitare.

 

Son : Mathias Taylor et Benoît Letirant

Réalisation : Steven Helsly.