En France, environ 140 000 personnes par an sont victimes d’un accident vasculaire cérébral. Parmi elles, 500 seront atteintes « du syndrome de l’enfermement » avec un corps totalement paralysé, à l’exception des mouvements oculaires. Pour leur permettre de communiquer, trois ingénieurs français ont mis au point une paire de lunettes connectées dénommée Wyes Origin, qui détectent les clignements volontaires de leurs yeux.

Les personnes atteintes du « syndrome de l’enfermement » sont prisonnières à vie d’un corps qui ne répond plus, tout en gardant intactes leurs facultés mentales. Coupés du monde cet enfermement intérieur plonge les patients dans une extrême et insoutenable solitude. Les causes de cette paralysie complète sont bien identifiées. Elles sont l’aboutissement de maladies neurodégénératives ou consécutives à un accident vasculaire cérébral.

Quand le tronc cérébral est lésé, toute motricité y compris l’usage des muscles de la gorge et donc de ses cordes vocales devient alors impossible, seuls les mouvements oculaires restent intacts. Afin de redonner la parole à tous ceux qui en sont privés, trois ingénieurs français ont mis au point une paire de lunettes connectées dénommée Wyes Origin.
Pour une communication autonome et indépendante
Le dispositif intègre des capteurs qui enregistrent et analysent le clignement des yeux indépendamment des battements naturels des cils, nous précise Maxime Loubar, co-fondateur du projet Wyes.

« Quand j’étais enfant, ma grand-mère était atteinte d’une maladie neurodégénérative, dont j’ai pu constater l’évolution qui a abouti à une paralysie complète de tous les membres du corps, jusqu’à une immobilité totale et sans pouvoir communiquer. Seuls ses yeux pouvaient encore bouger ! Lorsque je suis arrivé en école d’ingénieur avec l’idée de trouver un moyen de redonner la parole à toutes les personnes atteintes du “syndrome de l’enfermement”, j’ai fait la rencontre de ma meilleure amie Sarah. Ensemble nous avons imaginé que la solution serait d’employer une paire de lunettes connectées », explique Maxime Loubar.

Puis, il détaille le fonctionnement du dispositif : « Les Wyes sont munies de capteurs capables de différentier un clignement volontaire d’un battement de cils naturel et ce clin d’œil agit comme un clic d’une souris sur toutes les interfaces numériques de communication, sur les ordinateurs, les tablettes ou les smartphones. La personne paralysée peut écrire du texte, le faire lire vocalement par l’appareil, envoyer des mails, manipuler des fichiers activer des commandes domotiques, ainsi de suite. Notre système leur permet de réaliser une communication totalement autonome et indépendante, de “dialoguer” en quelque sorte avec leurs proches, mais aussi avec le monde entier facilement et sans avoir recours à des technologies encombrantes et hors de prix », dit-il.
Un projet récompensé
Ces lunettes connectées imprimées en 3D ont été développées avec la participation des personnes en situation de handicap, leurs proches, le personnel clinique et des associations de patients. Le projet Wyes maintes fois récompensé a reçu le prix « Innover pour le Bien-Vieillir » d’Enactus France et de l’assureur Malakoff Humanis le 3 juin dernier. Cette technologie mise au point par Sarah, Maxime et Pierre est désormais brevetée, ils ont créé une jeune pousse pour assurer la pérennité du projet.

Dernière étape, nos ingénieurs ont lancé un appel au financement participatif sur la plateforme française KissKissBankBank afin de produire 50 paires de lunettes Wyes dans préversion quasi définitive. Elles serviront d’ultime test de validation avant leur commercialisation, auprès des personnes dont le seul moyen d’expression ne passe plus que par le regard.

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