Ils sont l'exception de la règle : 5 danseuses et danseurs noirs ou métis parmi les plus de 150 membres du Ballet à l’Opéra de Paris. À travers un manifeste, qui implique également deux barytons africains des chœurs, ces artistes ont soulevé le débat sur la diversité et les discriminations raciales au sein de l'institution tricentenaire. Un débat qui fait des vagues depuis l'été dernier. Le directeur de L’Opéra Alexander Neef a lui-même commandé un rapport sur la diversité au sein de l’institution qui devrait lui être remis avant d’être publié.

« Dans la tête de beaucoup de gens, pour entrer à l'Opéra de Paris, il faut être blanc. » Guillaume Diop, 20 ans, est l'un des rares danseurs métis qui ont réussi à entrer dans le corps de ballet de cette institution vieille de 350 ans. Né à Paris, d'un père sénégalais et d'une mère française, ce jeune passionné de danse classique s'est heurté aux obstacles dès son plus jeune âge, en commençant par son père qui aurait préféré le foot pour son fils.

« C’était un peu compliqué côté sénégalais de comprendre qu’un garçon fasse de la danse. Et après, c'est plus à l’école de danse des petites remarques d’autres élèves que je ne pourrais pas rentrer à l’Opéra parce que j’étais métis, des réflexions comme ça. »
« Elle est noire »
Une expérience partagée par Letizia Galloni, fille d’un couple italo-congolais : « Quand on est petit, on ne se rend pas forcément compte et ça nous passe un peu au-dessus, mais c’est vrai que je devais avoir l’âge de 10 ans quand j’avais entendu une copine dire : Letitzia, elle ne pourra pas entrer dans le ballet parce qu’elle est noire. »

Aujourd'hui, Letizia Galloni a grimpé les échelons dans la hiérarchie du ballet pour arriver, à 29 ans, à un grade intermédiaire dans une compagnie qui n'a encore jamais eu d'étoile noire. « Il y a des gens qui ont des clichés que les Noirs sont peut-être trop musclés ou ont les pieds plats. Et c'est très réducteur d'avoir ce genre de propos. »
La passion de danser et la société
« La danse, ce n’est pas un art qui est réservé à une couleur de peau, remarque Guillaume Diop. C’est une question de talent, de capacité, de la passion de danser et qu’on soit bien ensemble, que les lignes soient tenues, mais je ne vois pas en quoi avoir des personnes non blanches dans le corps de ballet, ça casserait vraiment l’homogénéité. »

« Et là, on est quand même en 2021, souligne Letizia Galloni. C’est une grande institution et il faut que ça représente aussi la société. »
« La danse des négrillons »
Dans le sillage du mouvement Black Lives Matter né aux États-Unis, cette nouvelle génération de danseurs parisiens décide de rédiger un manifeste pour interroger les stéréotypes d'un « ballet blanc ». Ils dénoncent les pratiques comme le « blackface », le grimage en noir, les costumes et maquillages non adaptés à leur couleur de peau comme les collants roses qui rendent leurs jambes grises. Ils évoquent les discriminations au casting, les appellations historiques impliquant le mot « nègre » dans des œuvres héritées de l'époque coloniale comme La Bayadère et sa « danse des négrillons », sans pour autant vouloir mettre les classiques au placard.
« Construire quelque chose de bien »
« On ne veut pas être dans la précipitation de tout retourner tout de suite, pas du tout, affirme Guillaume Diop. On est dans le dialogue pour construire quelque chose de bien et d'équitable pour tout le monde. »

La direction de l'Opéra de Paris a pris le relais avec une consultation inédite dans le but d'inciter à la réflexion et de faire changer les mentalités pour qu'un jour, être noir et danseuse ou danseur classique ne soit plus un paradoxe.