L’attaque de l’hôtel Radisson Blu à Bamako met en lumière la « désarticulation de l’Etat malien », estime Libération. Dans le « chaos » d’hier au cœur de la capitale malienne, l’Etat a semblé « dépassé », souligne le quotidien. D’autant, rappelle le quotidien du soir Le Monde, que Bamako avait subi un premier attentat « du même type » le 7 mars dernier, quand un commando avait fait irruption à La Terrasse, bar-restaurant très fréquenté par les étrangers. L’attentat avait fait cinq morts, trois Maliens, un Français et un Belge, et il avait été revendiqué par le groupe al-Mourabitoune, dirigé par le jihadiste Mokhtar Belmokhtar, rappelle encore Le Monde.
 
En second lieu, Libération met directement en cause le président malien IBK. Selon Libération, la population est désormais « très méfiante à l’égard de la puissance publique et du président Ibrahim Boubacar Keïta ». Lequel, pendant des mois, a laissé « pourrir la situation au Nord-Mali » avant qu’Alger, « à bout de nerfs », pousse finalement à la signature d’un accord en juin entre les groupes rebelles du Nord et le gouvernement, déplore le journal. Or, pour Libé, c’est dans ce contexte de fragilité que des courants fondamentalistes « creusent depuis vingt ans des galeries souterraines » dans la société malienne.
 
Bamako : déréliction française
 
Avant-même d’avoir, faute de temps, pu, dans ses colonnes, largement développer l’actualité venant de Bamako, l’édition datée d’aujourd’hui du journal Le Monde donnait le ton en manchette, en soulignant, au sujet des attentats, que la France était « sur tous les fronts ».
 
Et bien, ce matin, Le Figaro complète en soulignant « en Une » la « solitude de la France ». Car, à cause de son engagement, la France s’impose comme le nouveau « petit Satan » aux yeux des « jihadistes » du monde entier, énonce ce quotidien. Mais à cela, majore-t-il, la France ajoute à l’expérience du terrorisme celle d’une « terrible solitude », rehausse Le Figaro.
 
Qui développe : « Attaquée partout et jusque sur son propre sol, à l’offensive sur les pires terrains de l’Afrique et du Moyen-Orient, la France réalise de jour en jour à quel point elle se trouve plongée dans une guerre totale. […] Elle ne peut se dérober à ce combat, qui lui est imposé à Paris comme à Bamako et n’est pas près de prendre fin. Mais, prolonge le journal, elle se trouve bien seule face à un ennemi aux cent visages, un péril qui la dépasse autant par sa nature que par son ampleur ».
 
Seulement voilà, le décor ainsi posé, Le Figaro remarque que les voisins et partenaires de la France ne sont pas « entrés en guerre » et qu’ils ne se « précipitent pas pour prendre la relève en Centrafrique ou au Sahel, malgré la « clause de solidarité » activée par Paris. « Leur motivation risque d’être encore refroidie par l’attaque terroriste à Bamako », anticipe le quotidien.
 
Bamako : peur sur les marches de la France
 
En régions aussi, la presse quotidienne s’émeut de cette sanglante prise d’otages de Bamako et de toutes ces préoccupantes fragilités dont nous venons de parler. Et une fois encore, on soulignera ici que, ce matin, c’est surtout la presse ayant pignon sur kiosque près des frontières de la France qui livre à ses lecteurs de quoi alimenter leur réflexion sur les actes terroristes rythmant l’actualité.
 
Témoin L’Est républicain, qui se demande « comment ne pas entendre dans le fracas de la prise d’otages d’hier l’écho du 13 novembre qui a endeuillé l’Hexagone ? ». Après avoir souligné que sept-mille Français vivent au Mali, ce quotidien de l’est de la France souligne que la prise d’otages de Bamako rappelle à s’y méprendre les « tueries » du Bardo et de Sousse qui, en mars et juillet dernier, ont ensanglanté la Tunisie. Et en livre en quelque sorte le « mode d’emploi ». A savoir « quelques hommes déterminés avec, dans la ligne de mire, un pays sur la voie du redressement et les intérêts occidentaux qui s’y déploient. Un musée, une plage à touristes et un hôtel de luxe. Des proies toutes désignées, victimes expiatoires destinées à frapper les imaginations occidentales », explique L’Est Républicain.
 
A l’inverse, son confrère Les Dernières Nouvelles d’Alsace veut croire que « Bamako n’est pas Paris », et que « le Mali n’est pas la France ». Pourquoi ce distinguo ? Parce que ce pays est touché « au cœur » de sa capitale pour la deuxième fois de l’année, et que ce « géant du Sahel, clé de voûte de la région, vacille une fois de plus, alors qu’il essayait péniblement de se relever ». Un distinguo, on le voit, qui n’a vraiment rien de rassurant.
 
Du reste, estime à son tour le quotidien L’Alsace, toujours dans cette région est de la France, la prise d’otages de Bamako a sonné un « réveil brutal » ; elle « prouve », selon ce journal, que la seule présence des militaires français « ne ramènera pas le calme dans cette immense partie de l’Afrique ».
 
Bamako : prudence pour les Français de l’étranger
 
Enfin, la presse se soucie également ce matin des Français de l’étranger. Le quotidien Le Parisien rappelle que, peu de temps après le début de l’attaque meurtrière qui a endeuillé hier l’hôtel Radisson de Bamako, François Hollande s’était adressé solennellement aux Français qui vivent en dehors de la France : « Je demande à nos ressortissants de prendre toutes les précautions. Il ne s’agit pas que la vie s’arrête mais il est important de penser à la sécurité », avait dit le chef de l’Etat. Cela signifie que les Français sont invités à appliquer à la lettre les conseils aux voyageurs du site du ministère des Affaires étrangères lorsqu’ils se déplacent ou séjournent à l’étranger, mais aussi à s’enregistrer sur la plate-forme Ariane pour recevoir en temps réel les messages d’alerte du Quai d’Orsay, énonce donc Le Parisien.