C’était l’objectif d’Emmanuel Macron en recevant Vladimir Poutine hier à Versailles : dégeler les relations franco-russes, rétablir le dialogue avec Moscou, même sur les sujets les plus sensibles. Il faudra du temps pour que cet objectif soit atteint, mais il est en vue, estime la presse ce matin.
Pour L’Est Républicain, « le président français a d’évidence apprivoisé le plus glacial des chefs d’État. 'Nous nous sommes tout dit', répond Macron aux journalistes. Les deux hommes se regardent sans se toiser et Poutine sourit. C’est rare. L’audace du Français rappelle peut-être au Russe sa jeunesse… Le jeune élu l’assure : les sujets de fâcherie ont été déminés. 'Si nous n’avons pas de dialogue sincère, nous n’avancerons pas'. »
Une base de dialogue, justement, a été posée, relève Le Républicain Lorrain : « pour reprendre place dans le débat diplomatique, la France admet à nouveau le gouvernement d’al-Assad à la table des négociations sur la Syrie, au nom de la lutte prioritaire contre Daech. Ce n’est pas une mince concession, contre laquelle il exige l’arrêt de toute tolérance pour le recours aux armes chimiques. Il en faudra plus pour impressionner le président russe, estime le quotidien lorrain. Mais pour l’instant, Macron a imposé son style et a peut-être même légèrement entamé le leadership de la chancelière allemande. Un pari sur lequel on n’aurait pas forcément misé un kopeck il y a quelques semaines. »
Transformer l’essai
Le Figaro acquiesce : « face à Poutine sous les ors de Versailles, -Macron a de nouveau posé un ton, 'ferme et direct'. À ce stade, il ne pouvait faire plus. Mais après les mots et les postures, viendra le temps de l’action, prévient le quotidien de droite. Sur l’Ukraine, sur la Syrie comme sur bien d’autres dossiers, le problème des Occidentaux est depuis trop longtemps celui du verbe sans l’action. Les opinions sont lasses de la langue de bois des raouts internationaux, de ces vœux pieux ou de ces condamnations jamais suivies d’effets. Emmanuel Macron semble en avoir pris acte, pointe Le Figaro, quand il dit ne pas croire en 'la diplomatie de l’invective publique'. Il veut regarder la géopolitique pour ce qu’elle est, un rapport de forces. Cela ne veut pas dire user à tout bout de champ de la canonnière, mais dialoguer sans naïveté ni faiblesse. En deux mots, être concret et efficace. »
En effet, estime La Nouvelle République du Centre ouest, « reste maintenant à transformer l’essai et que ces belles paroles ne soient pas balayées à la première difficulté, la première pression russe ou passage en force d’un Vladimir Poutine qui n’a pas non plus semblé impressionné par son interlocuteur. Il faudra surtout que cette intransigeance donne des résultats, que cette position ne devienne pas un grand écart intenable. Emmanuel Macron devra veiller aussi à ne pas s’isoler en Europe. Là aussi, la bonne entente avec Angela Merkel est plus que nécessaire. »
En tout cas, affirment Les Dernières Nouvelles d’Alsace, « il y a de toute évidence un style Macron qui se dessine, y compris sur le terrain toujours piégeux de la politique étrangère. Il est encore trop tôt pour s’aventurer à parler de doctrine et seule la première véritable crise diplomatique permettra de déterminer la part de posture dans le discours. (…) Pour ce que l’on en voit, la méthode Macron semble consister à mettre tous les sujets sur le tapis, y compris les plus épineux, et de proposer aussitôt d’en discuter sans tabou. Encore une fois, il faudra l’éprouver dans une réelle situation de tension, mais l’énergie qu’il déploie sans avoir l’air de s’agiter fait dresser l'oreille. »
Le Venezuela : un modèle en faillite
A lire dans Libération, 6 pleines pages consacrées au Venezuela… « Au cœur d’un modèle en faillite », titre Libération. « A Caracas, les partisans du président Maduro et l’opposition s’affrontent et accaparent le débat. Un jour sur deux, la capitale vénézuélienne est totalement scindée, constate l’envoyée spéciale du journal. Dans la partie est, où démarrent les manifestations de l’opposition, l’ambiance est survoltée. Au centre-ville, sanctuaire progouvernemental et siège de la plupart des institutions, les rues restent animées et il semble, a priori, que rien ne se passe. (…) Cela donne l’impression de zapper d’un film d’action trépidant, côté manif, à un feuilleton ordinaire, côté centre. »
Le Venezuela qui vit un véritable scénario catastrophe… « L’expérience vénézuélienne, tant vantée au sein de la gauche radicale, en France et ailleurs, tourne au désastre, soupire Libération. Alors qu’il détient les réserves pétrolières les plus importantes au monde, le pays est retourné plusieurs décennies en arrière, avec une production en chute libre, un niveau de vie qui s’effondre, une inflation à trois chiffres et une crise alimentaire dramatique. »
Comment en est-on arrivé là ? Libération apporte des éléments de réponse : « après des succès initiaux, qui consistaient principalement à distribuer la rente pétrolière aux défavorisés, mesure juste et élémentaire, le régime a totalement négligé de diversifier son appareil de production et, sur la base d’une idéologie dogmatique, accru dans des proportions déraisonnables l’intervention étatique dans l’économie. Comme toujours dans ces circonstances, l’économie s’est vengée, pointe le journal. Les producteurs, petits et grands, ont été découragés, la corruption administrative s’est développée et la redistribution a pris un tour de plus en plus clientéliste. C’est maintenant le peuple vénézuélien qui en paie cruellement le prix. Ce peuple que la gauche populiste de Chavez se targuait de défendre… »
Les nouveaux mots du dico…
Enfin, les nouveaux mots du dictionnaire ont été dévoilés hier… Le Parisien nous propose un petit jeu de devinettes… Qu’est-ce que la presbyacousie ? Réponse : un affaiblissement de l’ouïe dû à l’âge. Qu’est-ce qu’un emportiérage ? Ce mot vient du français du Canada. C’est la collision d’un vélo avec la portière ouverte d’un véhicule à l’arrêt. Qu’est-ce qu’une cramine ? Un froid intense qui brûle la peau, un terme utilisé par nos voisins suisses. Nous avons aussi la mixologie, ou l’art du cocktail… Le terme europhobe et son contraire européiste.
Enfin, côté personnalités, à noter cette année, l’entrée dans le dictionnaire du comédien Omar Sy, de la poupée Barbie, il était temps, ou encore d’un certain… Emmanuel Macron.