Question posée par Libération… L’édition 2018 du Festival de Cannes, qui s’ouvre ce mardi soir avec la projection d’Everybody Knows de l’Iranien Ashgar Farhadi (coproduction internationale aux forts accents hispaniques, avec le couple Javier Bardem-Penelope Cruz pour têtes d’affiche), cette édition s’élance, ombragée de cette hypothèse : et si la palme couronnait un absent ? Parmi les 21 cinéastes en course, en effet, plusieurs cette année ne pourront sans doute pas sortir de leur pays et venir se faire applaudir (ou siffler) sur la Croisette.
Il y a d’abord, pointe Libération, « le Russe Kirill Serebrennikov, metteur en scène habitué d’Avignon et déjà passé par Cannes (avec Le Disciple, en 2016) qui a été arrêté en août à Saint-Pétersbourg alors qu’il était en tournage de Leto, et qui se trouve depuis assigné à résidence à Moscou dans l’attente d’un procès où il risque dix ans d’emprisonnement pour "fraude à grande échelle" et détournement de subventions dans le cadre de ses activités théâtrales. »
Et puis, il y a, poursuit Libération, « l’Iranien Jafar Panahi, désormais habitué à récolter les honneurs dans des manifestations dont il est le grand absent (son Taxi Téhéran avait remporté l’ours d’or au festival de Berlin en 2015), il tourne depuis des années ses films dans la clandestinité, alors qu’il demeure sous le coup d’une peine prononcée en 2010 pour "activités contre la sécurité nationale et propagande contre le régime" : six ans de prison et une interdiction de réaliser des films ou de quitter le pays pendant vingt ans. »
Sélectionné et… censuré !
Et puis, il y a aussi les films polémiques et la censure exercée dans certains pays, pointe encore Libération : c’est le cas de Rafiki, nouveau film de la cinéaste kényane Wanuri Kahiu. C’est le premier long métrage kényan sélectionné à Cannes. Il raconte « l’histoire d’amour d’un couple lesbien dans une région où l’homosexualité est fortement réprimée. Viols punitifs, harcèlement, coups : beaucoup vivent sous le joug d’une société profondément homophobe. Rares sont ceux dont la voix est entendue, et la cinéaste se trouve donc propulsée porte-étendard de la communauté LGBT africaine. Résultat, La sanction est tombée le 27 avril : le film sera interdit au Kenya car "son but, dit-on officiellement, est de faire la promotion de l’homosexualité, ce qui est contraire à la loi". »
21 films et seulement trois réalisatrices…
Voilà pour les réalisateurs absents et pour la censure… Il y a aussi beaucoup d’absentes, relève pour sa part La Croix… Et là, nous entrons dans un autre débat : celui de la place des femmes dans le monde du cinéma.
« Cannes 2018 : 21 films, et seulement trois réalisatrices… », s’exclame La Croix. Cette « faible représentation des réalisatrices suscite des questions, relève le journal. Moins d’un quart des films produits en France sont réalisés par des femmes, alors qu’elles sont majoritaires dans les écoles de cinéma. Une tribune, publiée en mars dernier par un collectif de professionnels du 7e art, réclame la mise en place de quotas dans l’aide au financement, et divise la profession. »
Pourquoi cette sous-représentation des femmes dans le cinéma ? La Croix rapporte plusieurs éléments de réponse : « Les femmes se sont mises plus tardivement à la réalisation », soutient Bruno Barde, directeur des festivals de Deauville et de Gérardmer. « Il y a un retard qu’il faut rattraper mais qu’il faut aussi accepter. Il n’y a pas de discrimination là-dedans. » Autre élément de réponse : « ce n’est pas que les femmes ont moins de talent ou moins envie de faire des films à gros budget, témoigne la réalisatrice Julie Bertuccelli. Mais la majorité des producteurs et des distributeurs sont des hommes. C’est une question de confiance. »
En effet, rappelle La Croix, « le cinéma est autant une industrie qu’un art, avec de gros enjeux financiers. "Or, l’argent, l’autorité et la technique ne sont pas des qualités généralement attribuées aux femmes", ajoute la chercheuse Brigitte ­Rollet, qui rappelle que, au tout début de Hollywood, les femmes étaient alors nombreuses à tous les postes mais qu’elles ont progressivement disparu, dès que le secteur est devenu profitable. »
Une palme d’or féminine ?
« Le Festival de Cannes veut tourner la page Weinstein », titre pour sa part Le Figaro. « Si le jury présidé par Cate Blanchett est paritaire, la compétition ne compte que trois réalisatrices. Osera-t-il une palme d’or féminine ? (…) Nul doute, pointe Le Figaro, que les chantres de l’égalité et de la diversité scruteront le palmarès de Cate Blanchett et son jury à la loupe. En février, la Berlinale, premier grand festival de l’ère post-Weinstein, a attribué son ours d’or au coup d’essai d’une inconnue, la Roumaine Adina Pintilie, auteur de Touch Me Not, un film entre fiction et documentaire sur le rapport au corps et à la sexualité. L’ours d’argent est revenu à la Polonaise Malgorzata Szumowska. Le jury était présidé par un homme, le réalisateur allemand Tom Tykwer. Samedi 19 mai, jour de clôture du Festival de Cannes et de l’annonce du palmarès, on saura si Jane Campion reste la seule femme à avoir jamais remporté la palme d’or. C’était en 1993, pour La Leçon de piano. »
SNCF : le statu quo
Enfin, à la Une également, le conflit à la SNCF : le Premier ministre a certes reçu les syndicats hier à Matignon, mais il campe sur ses positions…
Et « la huitième séquence de grève s’est ouverte seulement quelques heures après la fin du bal de Matignon, pointe L’Est républicain. D’autres sont à venir. La guerre du rail, mère des batailles, donne le la à un contexte social de plus en plus chargé. Pour le gouvernement comme pour les organisations syndicales, le bras de fer actuel a désormais viré à l’impasse. »
« En ce début mai, on entre donc dans une zone dangereuse, soupire Le Courrier Picard, où le gouvernement a plutôt intérêt à prolonger cette drôle de grève à laquelle les usagers se sont habitués et qui peut finir par épuiser les forces des grévistes. Les syndicats, eux, doivent briser le statu quo qui va petit à petit grignoter leur feuille de paie (…). Et les usagers croisent les doigts pour qu’en cette période d’Ascension, ces deux camps irréconciliables ressuscitent une expression hélas oubliée : le dialogue social. »