Il est souriant, presque avenant, sur cette photo à la Une de Libération. Mais on ne s’y trompe guère : treillis et bonnet noir et surtout la bannière de l’Etat islamique qui flotte en arrière-plan : Abdelhamid Abaaoud est l’homme le plus recherché de France.
« Le visage de la terreur », s’exclame Libération. C’est lui qui aurait organisé les attentats de vendredi dernier. Sa présence à Saint-Denis hier serait avérée. Et selon le Washington Post, cité par Libération, Abdelhamid Abaaoud serait l’un des deux hommes abattus lors de l’assaut. Le quotidien américain est affirmatif : « l’organisateur présumé des attaques de Paris a été tué hier pendant l’assaut mené les forces de police. » Information délivrée par « deux hauts responsables européens », affirme Le Washington Post.
 
En attendant une confirmation officielle, « la présence probable près de Paris de l’organisateur présumé des attentats du 13 novembre, activement recherché depuis plusieurs années, met en évidence les failles du renseignement européen », pointe Libération. « Comment, s’interroge le journal, Abaaoud, ce jihadiste considéré comme l’un des plus dangereux de l’organisation Etat islamique, a-t-il pu se trouver aux portes de Paris ? […] Derrière l’organisation de plusieurs attentats en France et en Europe, le jihadiste de nationalité belge, parti en Syrie en 2013, avait déjà pu effectuer au moins deux allers-retours entre la Belgique et le califat jusqu’à début 2015. Sa participation aux attentats du 13 novembre et sa possible présence en Ile-de-France apparaissent comme un terrible échec pour les services antiterroristes européens, en particulier français. »
 
Le Figaro renchérit : « on ignore encore si Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attaques de vendredi, figure parmi les terroristes tués dans l’appartement conspiratif de Saint-Denis. Néanmoins, comment la localisation de ce sinistre individu, fiché, condamné et traqué, a-t-elle pu échapper aux services de plusieurs pays européens depuis des mois ? Comment ses affidés, dont les pedigrees leur étaient aussi bien connus, ont-ils pu circuler et voyager à leur guise ? Deux d’entre eux ont été interrogés par la police belge récemment. “Ils ne montraient pas de signe d’une possible menace”, nous dit-on aujourd’hui. C’est cela précisément, s’exclame Le Figaro, que l’on ne veut plus entendre. »
 
Le Parisien s’alarme également : « les toutes dernières investigations montrent que des hommes, pourtant fichés ou sous le coup d’un mandat d’arrêt international, sont rentrés de Syrie avec une facilité déconcertante. Une fois dans l’espace Schengen, ils ont pu effectuer des allers retours entre Bruxelles et Paris en voiture, acheter quantité d’armes, confectionner des gilets d’explosifs, louer chambres d’hôtel et appartements. Sans être repérés. »
 
Les forces de l’ordre efficaces !
 
En tout cas, « nos forces antiterroristes sont passées à la vitesse supérieure. Notre armée aussi. C’est ce que constate Le Journal de la Haute-Marne. C’est plus qu’une évidence. L’intervention d’hier matin à Saint-Denis montre la détermination française à ne pas se laisser impressionner par la sauvagerie et, surtout, à refuser d’entrer dans une spirale sans fin. Agir vite et fort plutôt que subir. Les raids de nos avions au-dessus de la Syrie participent de la même logique. Une accélération du temps de l’action, dictée, évidemment, par les attentats de vendredi à Paris. […] Nous sommes encore, et c’est normal, dans l’émotion, poursuit le quotidien champenois. Devra pourtant très vite se mettre en place la recherche des failles qui ont permis d’arriver à une situation extrême. Une réflexion nécessaire, pas pour critiquer gratuitement un système et en dénoncer les aberrations, mais surtout pour ne pas répéter les mêmes erreurs. »
 
Pour La Voix du Nord, il convient de féliciter les forces de l’ordre : « le raid nocturne à Saint-Denis est une première réponse à la hauteur des promesses de réaction faites par le président de la République. Le professionnalisme et l’efficacité du RAID et de la BRI, déjà prouvés le 9 janvier lors de l’assaut contre Amedy Coulibaly pour libérer les otages dans l’Hypercasher de Paris, font l’admiration du monde entier. […] Cette efficacité et cette rapidité dans l’enquête policière et judiciaire ont sans doute permis d’éviter une nouvelle vague d’attentats. […] Bravo donc et merci aux forces de l’ordre. Mais, tempère aussi La Voix du Nord, une question reste posée et elle ne s’adresse pas aux seules autorités françaises mais aussi à leurs partenaires européens. Comment la préparation d’une opération aussi massive que celle du vendredi 13 a-t-elle pu échapper à leurs radars ? »
 
Finalement, conclut La Charente Libre, « l’assaut de Saint-Denis fera date dans la séquence douloureuse des jours d’après les attentats de Paris. D’abord parce qu’il a sans doute permis d’éviter une terrible réplique, avec de nouveaux attentats meurtriers. Ensuite en ce qu’il affine la reconstitution de la préparation des attentats, leur logistique sophistiquée, les parcours des terroristes et par voie de conséquence les failles sécuritaires à corriger. Enfin, et ce n’était pas le moins attendu, la détermination et le courage des forces antiterroristes ont obligé les politiques à reprendre le chemin de l’unité après les passes d’armes indignes de la veille à l’Assemblée nationale. Le temps n’est pas à déterminer la part de responsabilité de chacun dans la tragédie des attentats, conclut le quotidien charentais, mais à se donner les moyens d’en éviter d’autres sachant que le risque zéro n’existe pas. »
 
Eviter le piège de la discorde
 
En effet, sur le plan politique, le ton est quelque peu retombé après le chahut d’avant-hier à l’Assemblée… C’est ce que relève notamment La Nouvelle République du Centre-ouest. « Au lendemain d’une séance désastreuse, théâtre de hurlements de la part de certains élus de droite, d’attitudes insultantes qu’on serait même tenté de juger sexistes, s’agissant des huées à l’encontre d’une garde des Sceaux qui n’avait pas encore pris la parole. Calme et sérénité retrouvés hier. Assez pour que toutes tendances confondues, l’on applaudisse même Manuel Valls. Assez pour que certains, parmi Les Républicains, évoquent pudiquement des regrets quand d’autres estimaient que “c’était la faute à Sarkozy. Il nous a électrisés !” […] Après une digne fin de séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, après cette Marseillaise chantée par tous les édiles face à François Hollande venu devant l’Association des maires de France, on se surprend à espérer, conclut La Nouvelle République, que cette concorde puisse perdurer. »
 
En effet, renchérit Ouest France, il faut « éviter le piège de la discorde : tous ceux qui, par réflexe ou par calcul, instrumentalisent les événements, tombent dans le piège tendu par l’ennemi, et fragilisent notre capacité de riposte. » Le nécessaire « esprit de concorde n’interdit pas le débat, poursuit Ouest France : il suppose qu’il y a un temps pour tout, pour le deuil, pour le rassemblement, pour l’action ; il implique que la confrontation – normale, souhaitable – sur les moyens ne passe pas avant l’objectif, anéantir le terrorisme. »