Entre le 7 et le 9 janvier 2015, 17 personnes seront froidement assassinées par les terroristes à Paris et à Montrouge, banlieue mitoyenne de la capitale française. Les onze premières, à la rédaction de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo.
En fin de matinée, ce dimanche, le président Macron se rendra sur les lieux de ces tueries pour un hommage national sans prise de parole officielle.
« Il y a trois ans, nous étions 4 millions dans la rue. Aujourd’hui, combien ? », se demande en Une Marianne. Lequel hebdomadaire exhorte ses lecteurs : « Plus que jamais soyons Charlie ! » afin de « défendre la liberté d’expression face à la menace intégriste ». Car, insiste Marianne, la laïcité n’est pas un « glaive » mais un « bouclier ».
Dans Le Parisien Dimanche, la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa se dit « toujours Charlie » et ne croit pas qu’il y ait, sur la laïcité, des positions « irréconciliables ».
Charlie Hebdo : le rire en cage
Charlie Hebdo, justement. Son édition de la semaine, le numéro 1 328 relate « la vie à Charlie » aujourd’hui. Et cette vie est loin d’être drôle.
Pour un journal satirique dont l’ambition est de faire rire ses lecteurs, c’est un paradoxe poignant. « Trois ans dans une boîte de conserve », lance le journal en Une, sur laquelle son directeur apparaît enfermé dans un vrai fort Chabrol.
Ce qui prédomine à la lecture de Charlie Hebdo cette semaine, c’est un sentiment de claustration d’une rédaction contrainte par l’impératif sécuritaire dans des locaux qui ont tout du coffre-fort, où plane en permanence une peur lancinante, « l’horrible peur d’être plombé une fois encore », confesse le journal.
« Pour accéder à la rédaction, il y a de nombreuses portes spéciales à franchir, dont certaines doivent venir de fort Knox, des ascenseurs, des escaliers, des sas, un mot de code censé signaler une alerte grave qui nous conduirait tous dans un lieu spécialement aménagé, raconte Charlie Hebdo. Quand tous les barrages sont franchis dans la volupté qu’on devine, c’est alors que l’on peut s’asseoir, c’est alors qu’il faut rire. Ne l’oublions surtout part, Charlie est un journal comique. »
Alors, cet hebdomadaire s’interroge encore : « Ce serait donc cela, la France de 2018 ? Un pays où la liberté réelle recule chaque jour sans que personne ne s’en émeuve ? »
Charlie Hebdo : ruineuse liberté d’expression
La liberté d’expression, « combien ça coûte », questionne en effet Charlie Hebdo. Réponse : « Entre 1 et 1,5 million d'euros par an, entièrement à la charge du journal (…) depuis trois ans, Charlie hebdo sort régulièrement dans les kiosques et a retrouvé sa place dans le paysage médiatique français. Mais à quel prix ? Celui à payer pour la protection privée des locaux est extrêmement lourd. Jusqu’à quand Charlie Hebdo pourra-t-il supporter une telle charge financière ? (…) Qu’arrivera-t-il à Charlie Hebdo le jour où ses réserves seront épuisées après avoir été dépensées pour la protection de locaux du journal ? »
Nécessairement, l’hebdomadaire ajoute une nouvelle question : « Est-il normal pour un journal d’un pays démocratique que plus d’un exemplaire sur deux vendus en kiosque finance la sécurité des locaux et des journalistes qui travaillent ? Quel autre média en France doit investir autant d’argent pour lui permettre d’user de cette liberté fondamentale qu’est la liberté d’expression ? »
Laïcité : l’introuvable débat
Alors, le journal lance un appel au président Macron. « Monsieur le président, est-il bien juste que nous soyons contraints d’acheter ainsi notre vie en payant une police privée ? Et ce faisant, de privatiser notre liberté et notre sécurité ?, demande Charlie Hebdo au chef de l’Etat. Est-il juste que la République française ne garantisse pas réellement le droit de Charlie à réunir son équipe, à réaliser son travail hebdomadaire sous la protection efficace de policiers de la République ? (…) Pourquoi diable ne serait-il pas possible de lancer un débat adulte sur ce qui a changé depuis le 7 janvier ? (…) Nous pleurons notre République défunte, incapable de parler haut et clair pour que les principes simples de la liberté d’expression soient respectés en tout point de notre pays. »
Pour conclure ce numéro exceptionnel, une représentante des Nations unies regrette dans Charlie hebdo que l’on ne donne pas assez la parole « aux musulmans qui lutte contre l’islamisme ».
Islam : les apostats
Justement, ces apostats de l’islam sont dans la presse magazine cette semaine. Et ils vivent un calvaire. Ils ont renié leur religion. « Menacés, exilés, trahis par la gauche, par la droite, ils en paient le prix fort », énonce Le Point. Comme le souligne cet hebdomadaire, « les apostats restent un tabou dans le monde islamique ». En France, une étude de l’Institut Montaigne « montrait en 2016 que 15 % des personnes ayant au moins un parent musulman se définissaient comme non-musulmanes », rapporte Le Point.
Présidentielle 2017 : comptes et mécomptes de campagne
Rien ne va plus enfin à la Commission nationale française des comptes de campagne. Plusieurs rapporteurs auraient démissionné de cette institution chargée de vérifier les dépenses des candidats aux élections. Selon Le Parisien Dimanche, « deux voire trois » rapporteurs de cette commission auraient « claqué la porte » pour alerter sur de « graves dysfonctionnements » au sein de cette instance.
C’est le cas notamment de Jean-Guy de Chalvron, inspecteur général de l’administration, qui fut jadis directeur de cabinet du ministre socialiste Louis Mexandeau, et qui se dit « révolté » parce que la commission a validé contre son avis les comptes de la campagne présidentielle du candidat de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon. Comptes dans lesquels ce grand commis de l’Etat dit au Parisien Dimanche avoir « déniché nombre de dépenses litigieuses qui ne pouvaient pas, selon lui, ouvrir droit à un remboursement par l’Etat, donc par le contribuable. »
Mais lui comme d’autres rapporteurs sur d’autres cas concernant d’autres candidats, donc, se seraient heurtés au « refus de la commission de tenir compte de toutes » ces observations. Affaire à suivre…