Ce sera ce soir l’ultime confrontation avant le second tour, dimanche. Le face à face Le Pen – Macron n’a pas encore eu lieu qu’il remplit déjà les colonnes des journaux. Le poids des mots, plus que leur sens profond, sera primordial, estime Paris-Normandie : « lors de ce débat, il sera question de punchlines (de phrases-choc). Les élections précédentes ont prouvé que, le plus souvent, le vainqueur du débat cathodique sortait gagnant des urnes. Cela a été le cas en 2012, rappelle le journal, lorsque Hollande a laissé bouche bée Sarkozy avec son devenu célèbre 'Moi, président de la République'. En 2007, lorsque Sarkozy a expliqué à Royal que 'pour être président, il faut être calme'. (…) En 1974, avec la célèbre réplique de VGE à l’adresse de Mitterrand : 'Vous n’avez pas le monopole du cœur'. Ce soir, ce n’est pas le choc des photos, mais le poids des mots. »
Certes, pointe L’Est Républicain, « la légende raconte que, d’une phrase, certains débats ont fait basculer une élection. (…) En réalité, ces bons mots ont plus accompagné le destin du scrutin qu’ils ne l’ont dessiné. Mais ce soir, il pourrait en être autrement, reconnait le journal. Car jamais campagne présidentielle ne connut autant de rebondissements (…). Dans ce qui s’apparente à un dernier round, Marine Le Pen n’a plus le choix. Elle joue son va-tout et ne saurait miser sur une victoire aux points. Elle est condamnée à la victoire par KO. Autrement, ce sera la défaite. Dans les cordes. »
Pas de quartier !
Marine Le Pen jettera donc toutes ses forces dans la bataille… C’est du moins l’avis de La Nouvelle République du Centre-Ouest. « Ce soir en face à face, c’est Marine Le Pen qui aura tout à gagner. Distancée dans les sondages, elle peut pratiquement tout tenter pour désarçonner son rival. Il n’y aura donc pas de quartier. Son handicap, en revanche, c’est que ses angles d’attaque sont déjà tous connus ou presque, pointe La Nouvelle République. Et il va falloir tenir face à un Emmanuel Macron qui ne fera pas l’erreur d’être dans la passivité. A moins que Marine Le Pen ne garde une carte secrète dans son jeu. »
Certes, reconnait La Croix, « n’en doutons pas, lors du débat télévisé de ce soir entre les deux candidats à la magistrature suprême, les commentateurs et de nombreux spectateurs guetteront les "faits de jeu". Les moments d’accrochage, les bons mots. Qui pourront être significatifs de la pensée de l’un ou l’autre candidat, de sa capacité à assumer sa future charge. Et, à ce titre, ils mériteront de rester dans les mémoires. Mais, prévient La Croix, méfions-nous de ne pas réduire ces échanges à un concours de reparties. D’un récent et très long débat entre les candidats au premier tour, il n’est resté qu’une saillie de Philippe Poutou sur "l’immunité ouvrière". "C’est un peu court", aurait dit Cyrano. D’où l’importance de se plonger, aussi, dans les programmes des deux candidats (…). »
Carabistouilles monétaires…
Justement, Marine Le Pen a décidé d’infléchir son projet sur l’euro ; ce qui fait beaucoup réagir ce matin dans les journaux…
Et en premier lieu Le Figaro : « après avoir défendu pendant des années l’abandon de l’euro, Marine Le Pen est passée le week-end dernier à la double devise : le franc pour payer sa baguette et le droit d’utiliser l’euro pour les multinationales… Il y a plus simple en matière monétaire, c’est indiscutable, mais visiblement la course à la présidentielle vaut bien quelques tripatouillages de dernière minute… (…) Tiraillée entre ses électeurs désireux de sortir de l’euro et les autres attachés à la monnaie unique qu’il faut conquérir à tout prix dimanche prochain, la finaliste a décidé de ménager en paroles le franc et l’euro pour ne mécontenter personne. (…) Ne soyons pas dupes, conclut Le Figaro, en vérité Marine Le Pen persiste et signe, quitte à faire courir d’immenses risques au pays. »
Le Monde renchérit en dénonçant les « carabistouilles monétaires de Mme Le Pen » : ainsi donc, « en France circulerait, à côté du franc, une monnaie réservée aux puissants, aux entreprises et aux plus fortunés, l’euro – en fait, l’euromark –, la seule devise acceptée pour les transactions importantes, comme l’immobilier ou l’achat d’une voiture. Le franc Le Pen, poursuit le quotidien du soir, serait la monnaie de singe avec laquelle seraient versées les prestations sociales, les traitements des fonctionnaires et les pensions des retraités. Mme Le Pen offre un choix aux Français, conclut Le Monde : au pire la ruine, au mieux, l’impuissance. Ce n’est pas sérieux. »
En effet, relèvent Les Echos, « cafouillage, contradictions, Marine le Pen a bougé, cela s’est vu, sans pour autant ôter l’angle d’attaque à son adversaire. L’opération ne restera pas dans les annales. A défaut de front républicain, 'le front monétaire', à savoir la peur qu’ont les électeurs de perdre leur épargne, pourrait lui être fatale. »
Quel poids pour les abstentionnistes ?
Enfin, les journaux s’interrogent également à propos de l’abstention qui pourrait bien peser sur le scrutin… Surtout après la décision des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon de s’abstenir ou voter blanc pour les deux tiers d’entre eux. « Cette fois c’est sûr, pointe Le Midi Libre : Jean-Luc Mélenchon a réussi son coup personnel. Le bougon du premier tour, voulant capitaliser son viatique de vingt points dans l’optique des législatives, a laissé planer le doute. Ce n'est pas moral, c'est politique. (…) Pour lui, c’est peut-être un coup gagnant. Mais pour la France ? Dimanche soir, Marine Le Pen pourrait dépasser les 40 %, c’est un bien grand risque. »
Et L’Alsace d’insister : « Jean-Luc Mélenchon casse tous les codes de la gauche et se livre à un jeu dangereux. Il escompte retirer les bénéfices de sa position lors des législatives. C’est faire preuve de beaucoup de prétention pour un homme qui, rappelons-le, est arrivé quatrième le 23 avril. Plus qu’audacieux, le pari est risqué. »
Enfin, Libération laisse le jeu ouvert : « difficile de plébisciter un candidat (Macron) qui ne rompt guère avec les politiques antérieures. Sauf qu’il ne s’agit pas d’un plébiscite, mais d’un choix entre deux options qu’on ne saurait mettre sur le même plan, même si on les réprouve toutes les deux. Tel est l’argument, pointe Libération, qui ne méprise personne mais s’attache à rendre compte d’une réalité. » Mais, conclut-il, « un argument que personne n’est obligé de suivre… »