« Ce sera peut-être une révolution sociale, s’exclame Libération. Pour l’instant, ce n’est qu’un rapport. Le député socialiste Christophe Sirugue a remis hier au gouvernement ses propositions pour “repenser les minima sociaux”. L’élu de Saône-et-Loire met ainsi sur la table de Manuel Valls la “refonte en profondeur” d’une partie du système actuel de solidarité en créant une “couverture-socle commune” ouverte aux jeunes de moins de 25 ans. »
 
En clair, précise Libération, « plutôt que d’avoir dix prestations différentes – RSA, vieillesse, fin de droits au chômage, handicap, invalidité, veuvage, personnes âgées… –, Christophe Sirugue propose une refonte profonde des minima sociaux. Toute personne de plus de 18 ans en situation de précarité se verrait ainsi allouer une “couverture-socle commune” de 400 euros, financée par l’Etat, et recevrait ensuite un “complément”. »
 
Deux écueils à ce projet, pointe encore Libération : son coût, plus de 6 milliards d’euros et son application, pas avant 2020…
 
Aumône ou geste fort ?
 
En tout cas, ce rapport provoque une avalanche de réactions ce matin dans les journaux… « Valls fait miroiter un RSA pour les jeunes dès 18 ans », s’étrangle Le Figaro en première page. Impensable, pour le quotidien d’opposition. « D’abord, explique-t-il, parce que du haut de ses 70 milliards de déficit annuel et de ses 2 100 milliards de dettes, la France est ruinée. Songer un seul instant, lorsque l’on a la charge de gérer les finances publiques, à la création d’une allocation qui pourrait coûter chaque année jusqu’à 6 milliards d’euros relève de la pure folie. » Et puis, « indépendamment des questions financières, la philosophie même de cette proposition aurait dû consterner Manuel Valls, lance Le Figaro. Pour entrer dans leur vie d’adulte, devrait-il expliquer à ses camarades, les jeunes n’ont pas besoin de l’aumône de l’Etat, mais d’un travail. Or, déplore le journal, telle était justement l’ambition initiale de la loi El Khomri : rendre la réglementation sociale plus flexible et plus lisible afin de faciliter les embauches. »
 
La Croix n’est pas très convaincue non plus… « Ouvrir le revenu de solidarité active, le RSA, aux plus jeunes suscite de sérieuses questions. Ne risque-t-on pas de les démotiver dans leur recherche d’un emploi et de les faire tomber, à l’orée de leur vie, dans ce que les spécialistes appellent une trappe à inactivité  ? Christophe Sirugue a raison de souligner que le taux de pauvreté des jeunes est élevé mais prenons garde à ne pas les installer dans une pauvreté durable dont il leur sera difficile de sortir. Dans l’hypothèse d’une extension du RSA, il serait donc souhaitable, estime La Croix, de prévoir un dispositif incitant les jeunes à se former puis à chercher activement un emploi. »
La Dépêche du Midi, elle, applaudit ce projet… « C’est un geste concret à l’adresse des jeunes : voici un “revenu minimum d’existence”, proposé dès l’âge de 18 ans à la jeunesse qu’on pourrait appeler la jeunesse précaire. Peut-on dès lors s’offusquer qu’on introduise un peu plus d’équité ne serait-ce que pour atténuer la hausse constante de la pauvreté qui, depuis dix ans, fracture la jeunesse française ? […] C’est aussi l’honneur de notre “République sociale” que d’imaginer cette forme élémentaire de redistribution. »
 
Calmer les jeunes ?
 
Toujours est-il que ce rapport du député Sirugue tombe à point nommé pour le gouvernement… En effet, lance Paris-Normandie, « l’urgence est d’éteindre le feu qui couve depuis des nuits place de la République, à Paris, mais aussi dans quelques autres grandes villes de province. Même si Nuit debout demeure à ce jour un mouvement relativement circonscrit, le gouvernement a bien en tête que les jeunes dans la rue, c’est un danger politique […]. Alors, le pompier Sirugue a été prié de rendre un rapport qui, à première vue, ne peut guère trouver d’opposition, notamment auprès des jeunes. »
 
« En pleine fronde contre la loi Travail, le gouvernement met le paquet sur la jeunesse, pointe également Le Midi Libre. […] La facture serait énorme mais le jeu en vaut la chandelle. Manuel Valls semble décidé à stopper au plus vite la rébellion contre sa chère réforme de la loi Travail. […] À ce petit jeu de séduction, les jeunes auraient tort de ne pas faire monter les enchères, ironise le journal. Histoire de tirer profit au maximum de ce rapport de force. Gare toutefois aux déceptions amères, prévient Le Midi Libre. Car si les promesses rendent les enfants joyeux, elles peuvent aussi, parfois, contrarier les citoyens les jours d’élection. »
 
Dilma Rousseff dans la tourmente, le Brésil en crise…
 
A la Une également, sortie de route annoncée pour Dilma Rousseff… « Dilma Rousseff proche de la chute finale, s’exclame Le Figaro. Après son humiliante défaite dominicale, la présidente du Brésil risque fort d’être destituée, le 10 mai prochain. Date à laquelle le Sénat doit à son tour se prononcer. »
 
« Dilma Rousseff dans la tourmente, le Brésil en crise », lance Le Monde en première page. « Le vote en faveur de la destitution de la présidente est une mauvaise nouvelle pour le Brésil, estime le quotidien du soir. Dilma Rousseff n’est pas suspecte d’enrichissement personnel. Elle est accusée d’avoir usé d’artifices administratifs pour maquiller le déficit budgétaire, un procédé auquel elle n’est pas la première à avoir eu recours. Mais à travers elle, pointe Le Monde, c’est tout un système qui est mis en cause, une spirale qu’elle n’a pas su contrôler : la gigantesque corruption au sein de la compagnie pétrolière nationale Petrobras, qui a servi de vache à lait au Parti des travailleurs au pouvoir et à ses alliés, notamment lorsque Mme Rousseff en était la ministre de tutelle, et une classe politique très largement impliquée dans des malversations multiples. […] Le Brésil est entré dans une phase d’incertitude à haut risque, conclut Le Monde. Il faut souhaiter que ses élus se ressaisissent et comprennent l’urgence de dépasser leurs intérêts personnels pour se consacrer à ceux d’une population qui avait placé sa confiance en eux. »
 
Les JO dans quatre mois !
 
« A travers la personne de la présidente, c’est la gauche qui est visée, pointe Le Républicain Lorrain, et particulièrement le Parti des Travailleurs, qui a maladroitement combiné une vraie lutte contre la corruption et une brutale politique de rigueur […]. L’héritière du président Lula - qui l’accompagne dans sa disgrâce – n’en est pas moins en butte à l’hostilité de plus d’un Brésilien sur deux. Les électeurs sont écœurés et les politiciens, qui n’ont jamais digéré l’émergence du Parti des Travailleurs, surfent sur leur colère. »
 
Et pour Sud-Ouest, « le sort du Brésil inquiète bien davantage que celui de sa présidente. En effet, l’interminable feuilleton de la destitution n’est qu’un volet d’une crise majeure et multiforme qui voit le pays dilapider des années d’efforts pour émerger sur la scène mondiale […]. En pleine récession, secouée depuis des années par l’énorme scandale Petrobras et récemment par une catastrophe écologique, la septième puissance mondiale voit sa classe politique et ses élites éclaboussées par la boue de la corruption qui salit son bien le plus précieux, la démocratie, elle qui connut – il n’y a pas si longtemps – la dictature […]. On en viendrait presque à oublier, conclut Sud-Ouest, que Rio accueillera dans quatre mois les Jeux olympiques. »