Près de cinq cents jours après son acquittement définitif par la Cour pénale internationale, le président Laurent Gbagbo est gracié par son successeur Alassane Ouattara. L’annonce en a été faite, hier soir, à l’occasion du 62e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Elle laisse déjà une partie de la presse ivoirienne sur sa faim.

Une fois n’est pas coutume, et en exclusivité, coup d’œil sur les premiers commentaires de la presse ivoirienne qui seront publiés – non pas demain, lundi, férié – mais mardi, en kiosques, en Côte d’Ivoire.

À commencer par celui du journal Le Temps, proche parmi les proches de Laurent Gbagbo, et dans lequel le juriste Roger Dakouri dira en ces termes sa déception, en qualifiant cette grâce de « fausse route », mais aussi en dénonçant « une absence criante et injustifiée de volonté à aller résolument à la réconciliation ». Selon lui, « Ouattara laisse les Ivoiriens sur leur faim. On pensait qu'il allait libérer tous les prisonniers civils et militaires. Que neni ! », lancera encore Roger Dakouri, interrogé hier soir par Le Temps.

Autre commentaire à paraître mardi, celui de Soir Info. Ce journal indépendant ivoirien estimera que la grâce accordée à Laurent Gbagbo constitue « un pas vers la réconciliation nationale, une décision forte du chef de l'État envers son plus farouche adversaire politique mais qui est loin d'être décisive (…) Les partisans du président du PPA-CI auraient souhaité l'effacement totale de sa condamnation par une loi d'amnistie ». Sous la plume du journaliste ivoirien Armand Depeyla, Soir Info estimera que « derrière cette grâce présidentielle, il pourrait se cacher, subrepticement, une volonté du président du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix de barrer la route à Laurent Gbagbo en 2025 », date programmée de la prochaine élection présidentielle en Côte d’Ivoire.
Ukraine, vers une partition à la coréenne ou Apocalypse Now ?
« Où va l’Ukraine ? », se demande l’hebdomadaire Marianne. Après avoir mis en garde ses lecteurs sur une « Troisième Guerre mondiale », laquelle, selon ce magazine, « n’est pas écartée », Marianne publie une analyse signée de l’ancien secrétaire d’État et président de l’association Les Chantiers de la liberté, Pierre Lellouche, selon qui, dans ce conflit armé, demeurent « deux hypothèses, et seulement deux : cette guerre ne peut se terminer, dans le meilleur des cas pour l’Ukraine, que par une situation à la coréenne : c’est-à-dire une ligne de cessez-le-feu et de démarcation qui consacrera la mainmise de la Russie sur l’est et le sud de l’Ukraine, le reste du pays, amputé et neutralisé de force, restant à la charge du contribuable européen, puisque par facilité, là encore, l’UE vient d’ouvrir ses portes à l’adhésion de Kiev ; seconde hypothèse, la pire comme en 1914, un conflit territorial local, la passion nationaliste, le jeu des alliances et l’égarement de dirigeants somnambules peuvent conduire à un nouveau suicide collectif – encore un ! – mais qui sera, cette fois, possiblement nucléaire... Peut-on encore espérer que nos dirigeants se réveillent enfin et décident de se mettre autour d’une table pour stopper cette dérive funeste ? », supplie Pierre Lellouche dans Marianne.
Supplique pour les femmes afghanes
Les hebdomadaires L’Obs et Le Point se sont rendus en Afghanistan constater le sort réservé aux femmes par les talibans. Comme le constate Le Point, un an à peine après leur arrivée au pouvoir, les nouveaux maîtres du pays « ont déjà effacé les Afghanes de l’espace public. À Kaboul, les affiches à l’effigie de femmes ont été badigeonnées de noir. Dans les vitrines, le visage des mannequins féminins a été recouvert d’un épais voile ».

Dans Le Point, des femmes témoignent à visages découverts. Comme cette ex-officier antiterroriste au ministère de l’Intérieur témoigne. Mursal Heidari, c’est son nom, vit aujourd’hui avec son mari et ses trois enfants dans une chambre en sous-sol : « Je n’arrive plus à trouver le sommeil, dit-elle à cet hebdomadaire, et je passe mon temps à attendre le jour suivant ». Comme le signale Le Point, cette trentenaire est diplômée de sciences politiques. Auparavant, elle aspirait à « devenir générale », elle qui était chargée de la lutte contre les combattants islamistes et qui était « reconnue par ses pairs pour la qualité de son travail », pointe ce journal. « C’était une période de grande exaltation, y raconte-t-elle au sujet de l’ancien régime républicain, qui autorisait les Afghanes à travailler malgré des traditions tribales toujours tenaces. Nous étions en train de construire un nouveau pays, et, en tant que femme, j’étais fière de le défendre. » Mais ça, c’était avant… À présent, « pour tuer l’ennui, elle a passé sa journée à tatouer ses pieds au henné. Son foulard ample laisse dépasser quelques mèches brunes rebelles ». Poignant.

Reportage également de l’hebdomadaire L’Obs dans une école clandestine pour filles. « La plupart des élèves veulent devenir médecins pour aider les femmes afghanes, et aussi par pragmatisme : c’est désormais le seul métier féminin que tolèrent les talibans avec celui d’infirmière et de sage-femme », explique ce magazine. Lequel évoque aussi le « mariage » des filles « à partir de l’âge d’un an » et qui sont « vendues par leurs familles ruinées par la guerre et menacées par la famine ». L’Obs signalant ainsi le cas d’une enfant vendue à sa désormais belle-famille « 10 000 afghanis soit 108 euros ». Sujet tabou, sujet interdit, admet L’Obs, « mais omniprésent dans les régions les plus pauvres ».