L’intervention et les décisions hier de François Hollande devant les députés et les sénateurs réunis en Congrès sont saluées ce matin par les journaux.
La Charente Libre applaudit : « Se hisser à la hauteur des événements les plus dramatiques que la France ait connus depuis cinquante ans, trouver le ton juste du monarque républicain devant les élus de la nation réunis dans le château des rois de France, parler de la guerre que nous devons mener sans renier ce que nous sommes, François Hollande a donné hier l’image d’une France debout. Il n’a pas laissé de doutes sur sa détermination à mener jusqu'au bout cette guerre, jusqu’à aller chercher dans les arguments de son opposition les armes pour la gagner. »
En effet, complète Le Courrier Picard, « en reprenant des propositions formulées par l’opposition, François Hollande a habilement scellé un pacte d’unité nationale basé sur un nouvel équilibre à inventer entre le maintien des libertés individuelles et la fermeté face au terrorisme de guerre. Sans aller jusqu’à instaurer un Guantanamo à la française, il a tout de même dessiné un " Patriot Act " à la française, quoi qu’il en dise. »
Libération salue également l’engagement présidentiel : « La guerre, donc. François Hollande a endossé, comme il sait le faire, ses habits les plus martiaux pour s’adresser au Congrès réuni et à la nation tout entière. Par la gravité du ton, la qualité des formules, la densité du discours, il a pris la mesure de cette épreuve historique et, par la même occasion, marqué un point politique. L’augmentation des moyens de sécurité, l’expulsion des étrangers convaincus d’activité terroriste, la coopération internationale contre la terreur, l’intensification des opérations contre l’Etat islamique, sont légitimes. »
Toutefois, tempère Libération, « on sait où nous a menés la stratégie de George Bush… Les autres pays européens, dans des circonstances analogues, n’ont pas proclamé l’état d’urgence. Sa prolongation en France est-elle justifiée ?, s’interroge le journal. Les mesures d’exception qu’on agite sont-elles conformes à nos principes ? Pour se battre, il faut un idéal, conclut Libération. Commencer par l’écorner, c’est s’affaiblir d’emblée. »
« Contre Daech, la France lance l’offensive sur tous les fronts », reconnait pour sa part Le Figaro. « Le propos était sobre, pas passionné. Des mesures pour assurer la sécurité de notre pays, " dans l’urgence et dans la durée ", ont été égrenées. Elles marquent, incontestablement, estime le quotidien d’opposition, un tournant, vers plus de lucidité pour éradiquer les islamistes. Il était temps. »
« Enfin !, renchérit L’Alsace. L’État a pris la mesure du péril qui pèse sur la France. Le ton employé par le président de la République était à la hauteur de la menace. Mais il eût été bon de prendre plus tôt les mesures annoncées hier à Versailles. Nous ne sommes pas en guerre depuis vendredi soir, ni depuis Charlie, nous le sommes depuis des années. Le temps de l’aveuglement et des bons sentiments est terminé. »
L’Europe doit s’engager plus
Sur le plan extérieur, à présent, François Hollande a adressé un double message hier. C’est ce que pointe notamment La Montagne : « Un premier message d’abord vers le monde avec l’initiative française d’aller de concert dans la lutte contre Daech avec la Russie de Poutine et avec l’Amérique d’Obama tout en demandant une résolution du Conseil de sécurité. (…) Deuxième message extérieur, remarque La Montagne, il est tourné vers l’Europe. Aux abonnés absents depuis des mois dans cette lutte contre le terrorisme islamiste, l’Europe ne peut plus garder l’arme au pied et regarder la France agir et engager seule ses hommes, ses moyens et ses finances. Quand François Hollande dit : " le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité ", il s’adresse à la Commission et aux orthodoxes de Berlin. Mener cette lutte, c’est s’en donner les moyens. »
En effet, relève Sud-Ouest, François Hollande « esquisse une inflexion diplomatique, il se rallie à l’idée d'un " grand rassemblement dans le cadre d’une grande et unique coalition ". Dans cet esprit, et parce que " la France parle à tous ", il va rencontrer Barack Obama et surtout Vladimir Poutine " pour que nous réunissions nos forces ", a-t-il dit. Hollande veut " mettre chacun face à ses responsabilités ", aussi bien " les pays voisins " (Turquie, Arabie saoudite et Qatar) que l’Europe qu’il veut mobiliser " en vertu du traité de l’UE qui prévoit que lorsqu’un Etat est agressé, tous les Etats membres doivent lui apporter solidarité contre cette agression ". Sous-entendu, la France en a assez de porter seule le fardeau. »
Les barbares ont désormais un visage
Pour ce qui est de l’enquête à présent, elle avance à grands pas… « Cet homme a organisé le massacre », s’exclame Le Parisien en première page. Avec la photo d’Abdelhamid Abaaoud, âgé de 28 ans, connu sous le surnom d’Abou Omar al-Soussi au sein de l’EI, de nationalité belge, qui est donc présenté comme celui qui aurait recruté, puis missionné les huit kamikazes.
Commentaire du Parisien : « Les barbares ont désormais un visage. (…) Les services de police et de renseignement ont reconstitué en grande partie la mécanique du massacre. Il est frappant de constater à quel point tous ces tueurs se ressemblent. Ils ont le même âge, ont grandi dans les mêmes quartiers, sont tous des petits délinquants en rupture avec leur entourage familial qui basculent brutalement dans le fanatisme. Une armée de clones sinistres qui vénère la mort plus que Dieu et rêve de détruire la société qui les a vus naître. (…) Il faudra juste comprendre, un jour, conclut Le Parisien, comment autant de garçons de 20 ans ont pu sortir de l’humanité sous nos yeux. »
La Croix, pour sa part, se tourne vers les responsables des communautés musulmanes : « S’ils condamnent avec fermeté les attaques terroristes, ils doivent bien admettre qu’elles ont été perpétrées au nom de l’islam, constate le quotidien catholique. Et ils auront beau s’en dissocier, dire incarner une autre conception de l’islam, citer des versets contradictoires du Coran, mettre en garde contre une conception erronée du jihad, ils ne pourront éviter de se demander pourquoi et comment leur tradition d’appartenance a pu faire l’objet d’une telle perversion. Pourquoi et comment leur religion, présentée comme vecteur de paix, a conduit certains à devenir des anges de la mort ? À défaut d’une réponse convaincante, les musulmans laisseront prise au courant islamophobe qui véhicule haut et fort l’idée que l’islam est intrinsèquement violent. (…) Il faut que les musulmans s’engagent dans un travail d’autocritique. »
Enfin, cette réflexion du quotidien Le Monde : « Parce qu’il relève d’une pathologie propre à l’islam, parce qu’il est une idéologie totalitaire, l’islamisme sera d’abord défait par les musulmans. Cette bataille idéologique, déterminante, celle qui en finira avec la séduction que le jihad exerce auprès de dizaines, voire de centaines de milliers de jeunes gens, les musulmans doivent la mener en priorité. Il faut les y aider. »