Ce sont des plaques accrochées aux immeubles, des statues sur les places, des enseignes dans plusieurs villes françaises. Leur point commun : raviver le souvenir de personnalités qui ont organisé la traite des hommes, l’esclavage. David Gradis, Paul Broca, Guillaume Grou, le général Richepanse, des noms inconnus pour le plus grand nombre, mais qui ont bel et bien pignon sur rue, notamment dans les ports français qui ont participé au commerce triangulaire, comme Bordeaux, Nantes et Le Havre.
C’est Libération qui relaie ainsi l’appel lancé par une association baptisée Mémoires & partages, basée dans cette même ville de Bordeaux. Elle ouvre le débat : faut-il débaptiser les rues ou places qui honorent les négriers, ces hommes qui ont participé à la traite des Africains ? Ou faut-il expliquer à chaque fois qui ils furent pour en garder la triste mémoire ?
Dans son éditorial, Laurent Joffrin estime que la « persistance » de certaines plaques dans les rues « choque la mémoire républicaine, pas seulement dans les communautés antillaise ou africaine ». Dans certains cas, le changement de nom s’impose, comme aux Etats-Unis, explique Libération, référence aux statues du général Lee que l’extrême-droite voudrait préserver. Depuis les événements de Charlottesville, de nombreuses statues confédérées sont déboulonnées. D’où le titre à la Une de Libération : « La France aussi a ses fantômes ».
Hollande, le retour
On voit l’ancien président de la République dans le Parisien-Aujourd’hui en France en train de prendre un « selfie » avec une admiratrice. C’était hier au Festival du film francophone d’Angoulême. Et ces quelques mots en forme de mise en garde à son successeur Emmanuel Macron, qu’il tacle « sèchement » au sujet de la loi Travail et son volet flexibilité. « Un sacré coup de griffe », nous dit Le Parisien. « Quand Hollande fait la leçon à Macron », titre de son côté Le Figaro.
Et la presse régionale ne se prive pas d’ironiser sur cette sortie inattendue de l’ex-chef de l’Etat. « Coucou, le revoilà », écrit Le journal de la Haute-Marne. François Hollande investit le rôle de « la statue du commandeur. Si ce n’est pas un Scud dirigé vers son successeur, cela y ressemble beaucoup. » François Hollande n’a pas attendu « beaucoup plus longtemps que Nicolas Sarkozy pour livrer une vachardise sur l’action de son successeur », analyse de son côté La République des Pyrénées.
Sur le fond, Le Républicain lorrain s’interroge sur le sens de cette déclaration : « Hollande juge sans doute qu’à la loi El Khomri doit succéder le temps de la câlinothérapie. Certes, le conseilleur n’est pas le payeur. Mais après tout, un conseil d’ami ne mange pas de pain. » Reste une question posée par Le Courrier picard : « Cette sortie marque-t-elle le retour aux affaires de l’ancien leader socialiste ? Trop tôt pour le dire. Mais son commentaire aiguisé montre un appétit intact pour la politique. Personne n’en doutait. »
N’épargner personne
Pendant ce temps, au Front national, l’orage gronde. Avec une lettre ouverte publiée en exclusivité par Le Figaro. Lettre ouverte aux frontistes écrite par Robert Ménard, le maire de Béziers soutenu par le FN sans être encarté. C’est un « appel à la lucidité » après l’échec de la présidentielle et le « débat calamiteux » de l'entre-deux-tour pour Marine Le Pen, sur « la forme comme sur le fond ».
L'élu local, dont la compagne est devenue députée cette année, parle d’un « cauchemar », d’un « champ de ruines ». Robert Ménard ne veut « épargner personne ». Au FN, écrit Le Figaro, « on a pris l’habitude de minimiser les critiques d’une personnalité étrangère au parti ». Mais, conclut le journal, « l’aiguillon Robert Ménard ne l’avait jamais poussé aussi fortement à faire son autocritique ».
Folle idée
Beaucoup de commentaires au sujet de l’idée émise par le ministre français de l’Intérieur : faire appel aux psychiatres pour lutter contre le terrorisme. « En battant le rappel des hôpitaux psychiatriques, Gérard Collomb ranime un vieux fantasme », estiment Les Dernières Nouvelles d’Alsace. « Dans les cabinets libéraux et les cliniques s’exercerait une sorte de médecine prédictive faisant des psys les détecteurs enfin responsabilisés du danger imminent d’attentat. Le ministre de l’Intérieur rêve tout haut d’un corps médical capable de combler les béances de notre système de police et de justice. »
« Curieuse et folle idée », confirme La Nouvelle république du Centre-Ouest : imaginer que l’on puisse « dépister, sérier, trier et ficher les dizaines de milliers de malades mentaux selon leur niveau de dangerosité et leur potentiel de radicalisation. Certes l’actualité estivale qui bégaie, se duplique et se répète suggère des arguments au locataire de la place Beauvau. Après les bombes et les charges à retardement des décennies d’avant, voici venu le temps des artificiers kamikazes, des voitures-béliers et du massacre automobile massifié. »
Puissant et poignant
Il est partout ce matin dans les journaux : le film 120 battements par minute sort ce mercredi sur les écrans français. « Film choc », titre Le Parisien-Aujourd’hui en France. « Notre cœur bat pour ce film », une « bouleversante » histoire d’amour dans les années Sida. Il atteint à plusieurs reprises des « sommets » du cinéma. « Puissant, cogneur et poignant. »
120 battements par minute, « la fureur de vivre », titre L’Humanité. L’histoire du mouvement Act Up érigé en symbole de la lutte contre le Sida dans les années 1990 : « Des coups d’éclat au militantisme discret ». L’association continue de se « dresser contre le virus, avec des armes différentes ». Un de ses cofondateurs, dans un entretien à L’Humanité, demande « aux jeunes maintenant de créer quelque chose de nouveau ».