« Ils n’ont pas de noms, mais des pseudos. Pas de visage, mais des avatars. Ils sont quelque part en France, en Algérie, en Syrie ou en Irak, rivés à l’écran de leur ordinateur, petites mains expertes d’une guérilla technologique qui, depuis hier, n’a rien de virtuel ». Voilà un extrait de l’éditorial du Parisien Aujourd’hui en France, au sujet de la cyber attaque subie par TV5Monde. « La guerre invisible », titre le journal. « Les terroristes ont réactivé le plus insidieux des virus : la peur aveugle ».
Le Figaro s’interroge aussi sur ce « trou noir » à la chaîne francophone, « la nouvelle arme des islamistes. Lorsqu’ils mettaient en scène les décapitations dans le désert, on s’étonnait déjà de la sophistication de leurs méthodes de communication. Maintenant », écrit Philippe Gélie dans son édito, « on se perd en conjectures sur la puissance de cette hydre terroriste capable de mener une guerre totale sur tant de fronts, en combinant tant de méthodes ».
 
Une guerre d’un nouveau genre
 
« Si cette guerre là ne tue pas, elle n’en est pas moins efficace en terme d’impact », explique Le Journal de la Haute-Marne. « Les ennemis d’un Etat sont en mesure d’interrompre un service public. Cela ne relève plus du fantasme », écrit L’Eclair des Pyrénées. « Le cyberterrorisme n’en est sans doute qu’à ses balbutiements », s’inquiète encore plus La Charente Libre. « L’attentat numérique contre TV5Monde doit être considéré comme un avertissement sans trop de frais de sa capacité de nuisance ». Et La Croix résume : « le principal véhicule médiatique de la francophonie, donc une certaine vision du monde, a été attaqué. Au bout du compte, ce sont la liberté d’information et la liberté d’expression qui sont visées ».
 
Sentiment de stigmatisation
 
La Croix fait sa Une sur l’esprit du 11 janvier, qui se serait « estompé ». Vérification aux Ulis, en banlieue sud de Paris : une ville jeune et cosmopolite qui a grandi à la place de rangées de fraisiers et de champs de patates. Le reportage raconte les tours haut perchées que l’on découvre en sortant de la gare. Il y a bien sûr le chômage, les incivilités, la délinquance, les bus en retard, mais il y a aussi le mélange, la mixité, les sourires, le tissu associatif. Les Ulis ne sont pas un ghetto où règnerait l’apartheid social que dénonçait Manuel Valls il y a trois mois. « Comme banlieue, il y a mieux, mais il y a pire », raconte un habitant.
 
Sauf qu’ici, le mouvement « Je suis Charlie », n’a pas pris. « De cet esprit, il ne reste pas grand chose », explique le directeur d’une association. « Les gens ont oublié très vite et sont passés à autre chose ». Un débat sur les limites de la liberté d’expression, avant les vacances de février, n’a attiré qu’un seul adolescent et deux familles. Le journaliste du quotidien catholique s’est rendu sur un marché. Accueil méfiant d’un trentenaire d’origine algérienne : « la Croix, c’est un journal communautaire qui dit du mal des musulmans, non ? »
 
Le sentiment de stigmatisation est très présent aussi à l’école. Une professeur d’histoire au collège Aimé-Césaire raconte que chez ses élèves, le sujet est « resté très lourd. Que quand ils font n’importe quoi, ils disent : c’est la liberté ! ». Cette enseignante, précise l’article, n’est pas toujours très optimiste sur l’avenir de ses élèves.
 
Portrait robot du raciste
 
« La France tiraillée par ses crispations identitaires » : Libération fait sa Une sur le racisme et la xénophobie. « Les Français ne sont pas tout blancs » : photo pleine page d’un militant d’extrême droite, drapeau bleu blanc rouge sur le visage, drapeau bleu blanc rouge à la main, faisant le geste de la quenelle de Dieudonné. C’était justement fin janvier lors d’une manifestation de son groupuscule à Paris. D’après l’enquête annuelle de la commission consultative des droits de l’Homme, 7 personnes sur 10 estiment qu’il y a trop d’immigrés. Les actes anti musulmans recensés en janvier 2015 ont été aussi nombreux que sur toute l’année 2014. L’islam : mieux accepté en théorie qu’en pratique. Le judaïsme : persistance des vieux préjugés. Les Roms : un rejet généralisé.
 
Reportage dans un lycée d’une zone rurale dans le Pas de Calais, et expérience sur des élèves. Chacun reçoit une feuille avec une liste de mots qu’ils doivent associer à un autre. En face d’arabe, on peut lire : terroriste, voleur, guerre. En face de juif : voleur, camp de concentration, Hitler. En face d’immigré : chômage, profiteurs, allocation.
 
Libération dresse le portrait robot de « l’intolérant qui s’assume. Il n’est pas beaucoup allé à l’école, il n’est pas forcément vieux, mais il peut changer. Avec les médias, l’éducation, l’exemplarité des élites politiques, il y a une marge de manoeuvre », affirme un chercheur. Un autre tente de nous rassurer : « rien n’est irréversible ».
 
Parricide en direct
 
Le conflit de générations au Front National est encore très commenté dans la presse française ce vendredi, avec le regard pensif de la présidente du parti hier soir sur le plateau de TF1 : « Marine Le Pen pousse son père dehors », « Marine Le Pen acte la rupture », « quand la fille sacrifie le père », « un parricide en direct ». Les nouvelles provocations de Jean-Marie Le Pen sont dénoncées à la tête du FN. Reste la question des sanctions. « Car », explique Midi Libre, « une punition trop sévère pourrait porter atteinte à la progression du parti. Pour Marine Le Pen », écrit Jean Michel Servant dans son édito, « il est urgent de calmer la partie, d’amener tranquillement le patriarche vers la sortie ».
 
Et plusieurs journaux, comme Le Figaro, d’observer l’attitude de Marion Maréchal Le Pen, qui ne s’implique pas dans le conflit entre sa tante et son grand-père. Elle ne s’exprime que sur des sujets de fond. « Position habile », d’après l’édito de Guillaume Tabard, « elle se pose en garantie de l’unité du Front National ».
 
Pas encore le plus grand
 
Pour Zlatan Ibrahimovic, les jeux sont faits : le PSG devra se passer de son attaquant pendant les quatre prochains matches de championnat. Un mot barre la Une de L’Equipe : « Zlatané ». Cliché du géant suédois les mains sur les genoux comme accablé par la décision de la commission de discipline. Ses propos grossiers ou injurieux après une défaite à Bordeaux, sur l’arbitrage en particulier et sur la France en général, lui valent une sanction « conforme au barème », selon le quotidien sportif qui attend une réponse d’Ibrahimovic sur les pelouses, notamment de la ligue des champions. « Est-il le plus grand des joueurs étrangers de l’Histoire du championnat de France ? Pas encore. Mais bientôt, peut-être »...