« Deuxième gauche cherche second souffle », s’exclame Libération en première page avec la photo de deux figures politiques : le Français Manuel Valls qui s’apprête à entamer une délicate campagne d’union de la gauche en vue de la présidentielle ; et l’Italien Matteo Renzi, président du conseil, qui a annoncé sa démission hier après la nette victoire du non à son référendum institutionnel.
 
« Ils étaient l’avenir de la social-démocratie européenne, commente Libération. En tout cas sa version “moderne”. Comprendre, sociale-libérale. Ils incarnent, deux ans plus tard, sinon son échec, du moins son état d’extrême fragilité démocratique. L’un vient d’être renvoyé violemment par les urnes, l’autre s’apprête à partir dans un combat électoral qui apparaît impossible à relever. […] Matteo Renzi et Manuel Valls partagent une gémellité idéologique, relève Libération : celle d’une gauche qui revendique, justement, de ne plus se piquer d’idéologie. Ils ont la certitude que l’avenir de leur famille politique doit s’imaginer au-delà de ce vieil Etat-providence. Que le marché est un allié objectif dans la lutte contre les inégalités. Que la flexibilité est la condition d’un retour vers le plein-emploi. Il serait injuste de conclure que Renzi ou Valls ont totalement échoué. Ils n’ont juste pas convaincu. […] Voilà, où nous en sommes, s’exclame encore Libération. A une sorte d’année zéro d’une social-démocratie sans tête, sans horizon européen, et coupée des classes populaires. Qui se voit débordée à droite par le ressac conservateur et à gauche par la tentation radicale. »
 
« L’un s’en va, l’autre veut arriver, relève Sud-Ouest. Matteo Renzi a été congédié après mille jours à la tête de l’Italie. Manuel Valls, lui, démissionne pour briguer la candidature à gauche et, peut-être, l’Elysée. Or, ces deux réformistes ont en commun d’avoir bousculé leur famille socialiste, et de façon tranchante, pour la pousser à faire son aggiornamento. » Mais, « Valls le sait bien, pointe encore Sud-Ouest : en politique, la roche Tarpéienne est proche du Capitole. Et la rapidité avec laquelle son homologue italien s’est brûlé les ailes a de quoi le faire réfléchir. »
 
Valls vs Valls…
 
Pour Manuel Valls, la route sera longue et parsemée d’embûches… Le Figaro ne se prive pas de le clamer haut et fort. Ce sera « Manuel Valls contre Valls Manuel », ironise le quotidien d’opposition. « Il est probable que le candidat mettra de côté le temps d’une campagne ses professions de foi tonitruantes, le social-libéralisme, les valeurs de la République, qui hérissaient tant ses camarades. C’était sa marque de fabrique ? Eh bien tant pis ! Adieu donc au Manuel Valls qui jadis, en 2011, souhaitait “déverrouiller les 35 heures”, supprimer l’ISF, “un impôt inutile et source d’injustice”, et plus récemment, en 2016, défendait comme un moine soldat la loi El Khomri. Adieu aussi à l’homme qui menait bataille contre son camp à propos du burkini ou qui tançait Angela Merkel et sa politique en faveur des migrants. Place à Valls Manuel, qui va nous réciter tous les psaumes de la liturgie socialiste, comme Hollande les a psalmodiés depuis 2012, avec le succès que l’on sait. Les mille et une chapelles de la “gauche plurielle” auront droit à un clin d’œil langoureux, jusqu’à Jean-Luc Mélenchon. C’est l’étrange destin de Manuel Valls, conclut Le Figaro : s’il souhaite remporter cette primaire, il doit fronder contre lui-même. L’exercice n’est-il pas un peu trop sophistiqué ? »
 
L’Opinion met également en exergue toutes les contradictions apparentes du futur ex-Premier ministre et s’interroge : « Valls se risquera-t-il à revendiquer un véritable positionnement social-démocrate débarrassé des totems de la gauche du XXe siècle, ou devra-t-il en passer par les traditionnelles génuflexions devant les symboles du passé ? » En tout cas, « son espace est étroit, pointe encore le quotidien libéral, entre la gauche libérale et la gauche anti-mondialisation. Un trou de souris. Et s’il est le seul parmi ceux-là à avoir l’expérience totale du pouvoir, il sera aussi le seul à devoir en assumer tout le bilan. »
 
Coupe-gorge !
 
Ouest France le reconnait volontiers : « même si, face à François Fillon, il n’y a pas besoin d’être très à gauche pour paraître de gauche, même s’il a débarrassé le PS de la suspicion de laxisme, Manuel Valls s’engage dans un coupe-gorge peuplé de longs couteaux. » Car, « contrairement aux autres candidats, il devra rendre des comptes. Ses opposants moquent un “Premier ministre de la parole”. Ses “amis” du PS y voient un affreux “social-libéral” : les écologistes, fâchés depuis le début ; les “hollandais” blessés par ses croche-pieds ; les “frondeurs” et Martine Aubry, opposés à sa politique fiscale et industrielle ; jusqu’au porte-parole de son gouvernement, Stéphane Le Foll, qui refuse de dire s’il le soutiendra. »
 
« C’est à se demander ce qu’il fait là, s’exclame L’Est Républicain, pourquoi il prend un risque auquel s’est refusé François Hollande. Monte-t-il en première ligne dans l’optique de 2022 ? Pour s’établir en maître des lieux des ruines socialistes ? Bref, pour jouer le coup d’après ? »
 
En tout cas, à gauche, c’est un « vrai sac de nœuds », soupire Le Parisien. « La gauche s’effondre, ce n’est pas nouveau, minée par des courants rivaux incompatibles idéologiquement. Quel rapport en effet entre la gauche radicale de Mélenchon, tentée par le rabougrissement populiste des idées, et la gauche libérale de Macron, qui mise sur sa jeunesse pour faire croire à la politique autrement mais qui s’inspire à la fois de Strauss-Kahn et d’Alain Minc ? Quel rapport entre Valls et Montebourg, qui s’opposeront à la primaire ? Le premier, à droite de la gauche, en plus d’un projet, devra défendre un bilan auquel le second, à gauche du PS, a refusé d’être associé en démissionnant du gouvernement en août 2014… Alors franchement, on a beau se gratter la tête, conclut Le Parisien, on ne voit pas qui, pour l’instant, est capable de rassembler les électeurs pour éviter à la gauche la débâcle de 2002 : l’élimination dès le premier tour de la présidentielle. »
 
Attention, tout est possible, rappelle La Charente Libre. « Qui aurait pensé, il y a seulement un mois, que la droite se rassemblerait comme un seul homme derrière François Fillon ? Pourquoi Manuel Valls ne tenterait-il pas le même pari à gauche ? Il lui faudra trois tours de primaire pour le réussir, pointe le quotidien charentais. Les deux premiers dans la si mal nommée “Belle alliance populaire” et le troisième contre les frères ennemis Macron et Mélenchon le dimanche 23 avril. À défaut d’endosser le costume du réconciliateur qu’il se taille sur mesure, il resterait toujours en magasin celui du reconstructeur. »