« À chaque élection, l’abstention est un sujet majeur d’inquiétude, relève Le Monde. Et, inexorablement, tous les cinq ans, elle progresse. Elle a battu un nouveau record : dimanche, 52,49 % des inscrits ne se sont pas rendus aux urnes. C’est la plus faible participation au premier tour des législatives sous la Ve République, en recul de 1,2 point par rapport à 2017. »

Alors, « cette abstention record a des conséquences majeures sur le scrutin, pointe Le Monde, et en particulier sur le second tour, nécessaire dans la grande majorité des circonscriptions ».

Et au-delà de son impact sur le scrutin, l’abstention « touche de multiples électorats, mais certains plus que d’autres. Selon une enquête d’opinion Ipsos publiée dimanche, 69% des 18-24 ans et 71% des 25-34 ans ne se seraient pas mobilisés. L’électorat de Jean-Luc Mélenchon d’avril 2022 compte le plus d’abstentionnistes (50%), derrière celui de Marine Le Pen (52%), tandis que les électorats d’Emmanuel Macron et Valérie Pécresse se sont davantage rendus aux urnes (avec "seulement" 39 % d’abstentionnistes) ».

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De plus, relève encore Le Monde, « les milieux sociaux défavorisés ou populaires sont ceux qui comptent le plus de non-votants (respectivement 61 et 59%), ce qui recoupe les observations qui associent le niveau de revenus à la participation aux scrutins : plus leurs revenus sont élevés et plus les électeurs ont tendance à se déplacer jusqu’aux urnes pour défendre leurs intérêts ».

« Et pourtant, déplorent Les Dernières Nouvelles d’Alsace, le premier tour de ces élections législatives offrait toutes les conditions pour susciter un regain civique : une offre politique riche et la possibilité de renforcer le rôle du parlement. Rien n’y a fait, constate le quotidien alsacien. Le décrochage est structurel. Pour ces Français qui privilégient l’action directe à la démocratie représentative, la protestation ou le militantisme a pris le pas sur le bulletin de vote. Dès lors, aucune réforme ne semble être en mesure d’amorcer la réconciliation, pas même la proportionnelle et la prise en compte des bulletins blancs et nuls ».

Dans une tribune publiée par Libération, l’écrivain Éric Vuillard s’interroge : « une seule ouvrière à l’Assemblée, est-ce cela la démocratie ? (…) Même si un député est censé représenter autre chose que sa position sociale et revêtir en entrant dans l’hémicycle une vocation universelle, le simple fait qu’il n’y ait qu’une seule ouvrière parmi les députés de la dernière législature, le fait que les chefs d’entreprise, les cadres et les professions intellectuelles supérieures représentent plus des trois quarts de l’Assemblée, suffit à jeter un doute sérieux sur l’ensemble de la procédure. La défiance, la prévention ou l’indifférence à l’égard du processus électoral que nous avons vécu est l’une des formes que prend ce doute, l’abstention. On aura beau retourner le mot de représentation vingt fois, écrire toutes sortes de choses au dos, tenter de le rendre aimable, quelque chose résiste, affirme encore Eric Vuillard. On refuse de participer au fonctionnement de cette curieuse oligarchie tempérée qui se prétend une démocratie. Une seule ouvrière et à peine 4,6% d’employés parmi les députés : la représentation se paie ainsi de l’effacement de la moitié de la population active. Ce devrait être assez sérieux pour que les démocrates s’en inquiètent. »
Alors, il reste 5 jours pour convaincre les abstentionnistes et les votants du premier tour
« Face à Mélenchon, Macron cherche une stratégie », pointe Le Figaro. Peut-être « rendosser son costume de chef de guerre avec cette tournée qu’il effectue cette semaine en Roumanie et en Moldavie, avec pourquoi pas un passage en Ukraine ? »

Et pour les candidats : aller au charbon, faire du terrain et encore du terrain pour convaincre…

Et à gauche, l’espoir est là, pointe L’Humanité : « si le camp présidentiel est fébrile, c’est qu’il sent qu’une victoire de la Nupes dimanche prochain n’est pas impossible. La gauche n’a plus que quelques jours pour convaincre la cohorte des abstentionnistes qu’ils ont une opportunité extraordinaire de ramener le progrès social au pouvoir ».

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