« Cela devait bien arriver tôt ou tard, constate Le Midi Libre. Douze jours après l’attentat contre Charlie Hebdo et l’appel à l’union sacrée, la vie politique reprend ses droits. Rompant progressivement le pacte de non-agression, gauche et droite font à nouveau entendre leurs différences. […] L’actualité économique devrait très vite effacer la belle fraternité. Et remettre dans le jeu les frondeurs, les Verts et autres forces de progrès qui ont eu l’intelligence de tenir leur langue durant cette tragique trêve des confiseurs. Un retour à la petite cuisine politicienne en somme. »
En effet, complète L’Opinion, « il y a les optimistes, tendance rêveurs, qui pensaient que la concorde nationale ouvrirait pour longtemps une nouvelle ère. Ceux-là sont déjà déçus : de premières fissures sont apparues dans le bloc de granit de l’union politique ; une partie de la population française a osé avouer qu’elle n’était pas Charlie ; le climat social se tend à nouveau avec une grève des routiers et l’échec des négociations patronat-syndicats sur la réforme du droit du travail. Tous ces faits nourrissent les pessimistes, tendance revenus de tout. »
 
« Pas dupe, constate La Nouvelle République du Centre Ouest, François Hollande, redescendant brièvement sur terre avant-hier, 17 janvier, nous invitait depuis sa Corrèze racinaire à renouer avec la vie ordinaire. Déjà les routiers tempêtent et protestent, ce matin, bloquant nos points d’approvisionnement. La vie d’après les événements a repris le goût un peu fade d’avant. “Hollande Bator”, héros de cette séquence hors normes, s’efface sans bruit. Le super-président va redevenir normal. Et nous aussi. »
 
Mais La Montagne veut encore croire en la concorde nationale : « le Parlement va examiner la loi Macron, les routiers entrent dans un mouvement de grève, les négociations sociales se poursuivent. Tout cela peut-il s’accompagner de plus d’humanité et de compréhension entre les camps ? On a tellement parlé ces derniers jours de respect républicain qu’il va peut-être s’imposer dans le débat politique. »
 
L’Est Républicain, lui, n’y croit pas : « les mots et les symboles sont une chose. La dure réalité du quotidien en est une autre. Le lien resserré avec les Français, le consensus politique d’un jour, ne résisteront pas longtemps face à un gouvernement dans l’incapacité d’assurer la sécurité physique et économique de ses concitoyens. Qu’il échoue, et les vieux réflexes referont surface. Si ces jours tragiques ont indéniablement changé la France, il serait prématuré d’affirmer qu’elle l’a été en profondeur. »
 
Le défi de l’éducation
 
Après Charlie, mieux éduquer les consciences des jeunes Français, c’est l’une des priorités du gouvernement… « Ecole, la gauche au défi de l’autorité » titre en Une Le Figaro. « Deux semaines après les attentats, la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem fera jeudi 22 janvier des annonces autour des “valeurs de la République”. […] Le temps est au retour des fameux “hussards noirs” de la République, pointe le journal, qui transmettaient les connaissances et enseignaient les valeurs communes “sans distinction d’origine, de race ou de religion”, comme le dit l’article premier de la Constitution. La Marseillaise à l’école ? Oui, bien sûr. Le service civique ? Il faut l’encourager. La réaffirmation du maître incarnant l’indiscutable et irrécusable autorité ? Évidemment, oui. Mais on doit revoir aussi d’autres aspects de l’Éducation nationale, affirme Le Figaro, notamment le fameux collège unique, dont mille et un rapports, de gauche comme de droite, ont signé l’échec patent depuis des décennies. Voilà le grand chantier de Najat Vallaud-Belkacem. Certes, ses préférences partisanes plaident en sa défaveur, estime le quotidien d’opposition, et on peut craindre des demi-mesures arrangeantes et dérisoires. Mais sait-on jamais ? “À une situation exceptionnelle doivent répondre des mesures exceptionnelles”. C’est son chef qui le lui demande. »
 
Le FN pourrait tirer les marrons du feu ?
 
« Après Charlie, le Front National en embuscade » : c’est le grand titre, cette fois, de Libération. Un titre en forme d’avertissement. « Isolé depuis les attentats, pointe le journal, le Front national veut croire que l’unité nationale ne durera pas et que son discours anti-islam portera ses fruits lors des élections départementales de mars. »
 
Attention, donc, prévient Libération : « On aurait grand tort de déduire que le Front national pâtira de la crise. Sa présidente n’en sort pas grandie ? Elle n’en a cure. Elle dispose d’alliés sûrs et acharnés, qui ne cessent de pousser vers elle les électeurs : les terroristes islamistes. Leur cruauté opiniâtre effraie l’opinion, entache l’islam pacifique de l’immense majorité des musulmans et jette une injuste suspicion sur la jeunesse des banlieues. En temps de crise, constate encore Libération, la stratégie du bouc émissaire est souvent payante. Isoler les islamistes de l’islam, tisser une alliance avec les religions qui respectent la laïcité : c’est la seule réplique possible pour les républicains. »
 
La progression souterraine du wahhabisme
 
L’après Charlie, ce sont également les émeutes de ces derniers jours au Niger… Et on reste avec Libération qui constate « qu’une semaine après la venue du président Issoufou à Paris, le pays s’est violemment retourné contre tous les symboles de la France : dix personnes ont été tuées, des églises et un centre culturel ont été réduits en cendres. »
 
Le journal a interrogé Moulaye Hassane, chercheur en études arabes et islamiques à l’Institut de recherche en sciences humaines de Niamey : « cette poussée de fièvre, notamment à Zinder, met en lumière, affirme-t-il, la progression souterraine du wahhabisme auprès des jeunes et de certaines élites locales économiques. Ce terreau idéologique est aussi labouré par les prédicateurs nigérians qui vont et viennent le long de la frontière, précise encore le chercheur. L’Occident, poursuit-il, a toutes les raisons de se montrer inquiet au sujet des énormes frustrations des populations liées à la corruption chez nous, il ne faut pas écarter l’hypothèse de gens qui sont prêts à se jeter dans les bras de ces sectes. »
 
Riposte mondiale
 
Du coup, pour La Croix, « la riposte au terrorisme doit s’organiser sur le plan mondial. […] Le Proche-Orient et l’Afrique doivent s’attaquer sans faiblesse à la progression de ces milices qui se réclament d’un islam radical et ramener la paix dans les foyers d’extrême tension. Car ils en sont les premières victimes. Il importe de comprendre comment les groupes jihadistes se financent et s’équipent en armes. Il faut vérifier la responsabilité d’États avec lesquels les puissances occidentales ont des relations diplomatiques et économiques et en tirer les conséquences. C’est aussi les “tuyaux” de diffusion sur Internet qu’il faut surveiller, relève encore La Croix, afin que ne soient pas disséminés des discours de haine et de division. Terreur sans frontières, riposte sans frontières. »
 
Enfin, cette initiative de La Fédération nationale des musulmans de France, rapportée par Le Parisien : un rassemblement « pour dire non au terrorisme. » C’était hier, 18 janvier, à Sevran en banlieue parisienne. Un rassemblement qui « a débuté au son de la Marseillaise », note le journal. « Le message était clair : ici, l’islam et la République font bon ménage. »