C’est le grand titre ce matin du Figaro et de La Croix. Les chiffres sont éloquents : 430 nouveaux députés sur 577, 224 femmes, un record, et un net rajeunissement, 48 ans de moyenne d’âge, soit 5 de moins que la précédente Assemblée.
L’origine sociologique des nouveaux élus a aussi changé : moins de notables, moins de hauts-fonctionnaires, moins de professionnels de la politique…
Ce qui fait dire à Libération : « Nous étions sous le règne de l’ENA. Nous passons sous celui de l’Essec (l’École supérieure des sciences économiques et commerciales). L’aphorisme, on en conviendra, est caricatural. Il exprime pourtant une réalité, pointe Libération : la “société civile” dont est issu le massif contingent de La République en marche nouvellement élu, ne reflète guère la réalité statistique de la société française. Peu d’ouvriers et d’employés, peu de paysans, beaucoup de (très) diplômés et une majorité relative de cadres issus du secteur privé. L’esprit managérial, ce mélange de pragmatisme libéral et d’optimisme tolérant, attaché d’abord aux résultats concrets, fait une entrée en force à l’Assemblée. Le macronisme est un humanisme de marché, fasciné par la réussite mais aussi ouvert sur le monde et plein de bonnes intentions. Voilà qui nous change, conclut Libération, du déclinisme lugubre dispensé, depuis une décennie au moins, sur la scène intellectuelle. »
En effet, renchérit La Nouvelle République du Centre Ouest, dans la nouvelle Assemblée, « les cadres et les décideurs éclipsent le reste de la société. Miroir, mon beau miroir… Ce visage souriant et lifté est-il, s’interroge le journal, la représentation du pays réel ou le portrait d’une France photoshopée ? »
Au boulot !
En tout cas, les 308 députés LRM vont maintenant devoir se mettre au travail et, pour ce faire, s’organiser… C’est ce que pointe notamment Le Figaro. Et à ce titre, « la désignation annoncée de Richard Ferrand comme président de groupe est un signe, estime le quotidien de droite. Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas uniquement d’exfiltrer du gouvernement un ministre qui devra s’expliquer devant la justice. Mais de placer à un poste clé l’un des plus proches et le premier des fidèles du chef de l’État. L’intention est claire, pointe Le Figaro : ne pas faire de cette armée de quelque 308 députés un lieu d’ébullition créative où s’épanouiraient tendances et courants, mais un outil le plus efficace possible pour mettre en œuvre le programme présidentiel. Le séminaire de groupe prévu le week-end prochain sera un moment de cadrage décisif. »
Alors, maintenant, « tout est prêt !, relèvent Les Echos. Mais pour aller où et à quelle vitesse ?, s’interroge le quotidien économique. L’incertitude demeure. “Sur le Code du travail, chacun a gagné du temps, gouvernement comme syndicats, maintenant, il faut enfin sortir et dire ce qu’on va faire”, s’impatiente un député de la majorité. Le gouvernement promet un été studieux, mais le plan de travail reste léger, estiment Les Echos. Ordonnances sur la loi travail donc et loi de moralisation de la vie publique. Le reste n’est pas fixé, que ce soit sur le calendrier (loi sécurité pour prendre le relais de l’état d’urgence) et surtout sur le fond. Le gouvernement attend l’audit que la Cour des comptes rendra la semaine prochaine pour préciser son action. »
Eté torride ?
En tout cas, la bataille s’annonce rude sur la loi travail, pointe La Voix du Nord… « En qualifiant de “coup d’état social” la prochaine réforme du droit du travail par ordonnances, Jean-Luc Mélenchon a donné le ton de sa nouvelle partition. Il la jouera d’autant plus fort qu’il devra recouvrir la fanfare de Marine Le Pen à l’opposé de l’hémicycle ! Le gouvernement n’a aucune “bienveillance”   le mot à la mode à LREM   à attendre sur les bancs de la France insoumise, laquelle rêve au contraire de faire repartir les braises du long conflit contre la loi El Khomri. »
Oui, « l’été politique sera chaud », martèle Ouest France. « L’Assemblée, que l’on redoutait monocorde, pourrait bien redevenir le lieu d’une grande théâtralisation de la politique. Avec l’entrée de quelques “grandes gueules”, Marine Le Pen d’un côté de l’Hémicycle, Jean-Luc Mélenchon de l’autre, et l’arrivée de 424 novices peu au fait des guets-apens parlementaires, le futur président ou la future présidente de l’Assemblée devra être assez chevronné(e) pour tenir les débats. »
Ça promet en effet, insiste La Charente Libre… « Le lendemain du 1er tour nous promettait une assemblée de “bénis oui-oui”. C’est une compagnie de Tontons flingueurs qui fait son entrée en scène. On pense bien sûr et d’abord à la troupe des Insoumis. Faute d’avoir obtenu le premier rôle, Jean-Luc Mélenchon doit trouver dans cet hémicycle une scène à la hauteur de son talent. […] Des rangs de l’extrême droite pourraient se lever une nouvelle opposition, pas moins virulente que la précédente. Avec Marine Le Pen et le redoublant Collard, le FN est lourdement armé pour le combat de l’outrance verbale. […] Et puis, à bien regarder, la droite paraît pâlotte avec le seul Eric Ciotti pour faire du bruit. »
Comment redonner confiance ?
Reste un problème de taille pour les nouveaux élus et pour le nouvel exécutif : comment enrayer un taux d’abstention historique ? Comment réconcilier le citoyen avec la politique ? Comment restaurer la confiance ?
« Dotés des principaux pouvoirs de la Ve République, le président et sa majorité ont désormais toutes les cartes en main pour travailler à restaurer ce lien, estime Le Monde. Ils peuvent y parvenir en s’attaquant à deux chantiers majeurs. D’abord institutionnel : l’Assemblée nationale qui vient d’être élue est largement renouvelée, rajeunie et nettement féminisée. C’est une excellente nouvelle, s’exclame le quotidien du soir. A ces nouveaux visages doivent correspondre des nouvelles pratiques qui raffermissent les relations avec la société, qui respectent davantage opposition et contre-pouvoirs, incluant la liberté d’informer. De ce point de vue, les premiers actes et les premières paroles de ministres du gouvernement sont loin d’avoir été rassurants. Ensuite, il y a le chantier éthique, relève encore Le Monde : au-delà de la nécessaire loi de moralisation de la vie publique, chaque élu doit être convaincu, comme chaque chef d’entreprise, que personne ne peut profiter de sa fonction pour s’assurer des passe-droits ou des avantages personnels ou familiaux. Ce sont les entorses à ces principes élémentaires, qu’ils soient ou non passibles de poursuites judiciaires, qui minent la crédibilité des dirigeants depuis tant d’années. Il n’est pas trop tard, conclut Le Monde, pour comprendre que la réussite de ce quinquennat sera également mesurée à l’aune du comportement de chacun. »